‹ Mémoires de famille C. E. Casgrain [microforme]Chapitre 13 sur 26 · MM. Pierre Casgrain et Charles Tétu · texte numérisé non relu

MM. Pierre Casgrain et Charles Tétu

Maïs ee qui contribua surtout à le dégoûter de la politique, ce furent les difficultés qu'il vit naître à cette époque entre le Canada et la Grande Bretagne. Loyal sujet de l’Angieterre, il voulut être fidèle à son roi; mais il lui en coûtait beaucoup.

d'être obligé de se déclarer contre des noms aussi connus que ceux des Bourdage, des Papineau et autres; il le fit pourtant, et vota contre les 92 résolutions.

Conservateur modéré, il s’efforça de montrer, dans toutes les occasions, que soumis à l'autorité établie, qu'il avait acceptée franchement en entrant au parlement canadien, il devait plutôt chercher l'intérêt de notre pays dans les moyens de tonciliation que dans les mesures de violence.

C'est pourquoi, regrettant les difficultés que M. Papineau et ses amis avaient fait naître dans notre législature, au sujet de

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do nous plaindre, mais qui auraient pu être redressés aussi bien, si les moyens employés eussent été mieux calculés et moins fougueux de leur nature; témoin ensuite des tristes résultats que ces diffcultés avaient produits dans le district de Montréal, il essaya d’en paralyser les effets dans les comtés situés en bas de Québec. Nous verrons plus tard que ce fut lui qui fut le principal moteur de la démonstration amicale que toutes les paroisses du bas du fleuve firent en 1837 et 1838 aux troupes anglaises, lors de leur passage d’'Halifax à Québec.

Mais les dégoûts que M. Casgrain rencontra dans sa courte carrière politique ne l’empêchèrent pas de veiller avec soin aux iutérêts de son comté. À cette époque, la misère était extrême dans tout le district de Québec : on proposa en chambre une mesure pour obtenir du gouverne

ment un octroi afin de soulager les pauvres de cette localité. Comme vous pouvez le penser, mes chers enfants, votre père sai.

sit avec avidité cette occasion de déployer son ardente charité. Mais aurait-il pu agir autrement, lui qui dans ses lettres me recommandait à chaque instant de prendre soin des pauvres; lui qui m’écrivait à cette époque même : ‘“ Les détails na- ‘ vrants que Charles Têtu me donne de ‘ la détresse de nos pauvres, me déchirent ‘le cœur; je considèrerais comme un ‘ grand malheur, si quelqu'un d'eux mou- ‘ rait. ”” Lui qui plus tard encore, au milieu d’affaires épineuses qui absorbaient tout son temps, ajoutait ce poscriptum, au bas de l’une de ses lettres : ‘‘ Aïes soin ‘ de nos pauvres; fais quelque chose de ‘“ plus que d'ordinaire pour moi, car je ne ‘“ vis que pour les affaires actuellement, ‘“ je ne fais aucune bonne œuvre, ” Non,

certes ; aussi réussit-il quoique diffcilement à obtenir, de concert avec M. Amable Dionne, son collègue, pour les pauvres du comté de Kamouraska, la somme de £512, dont £187 pour la seule paroisse de la Rivière-Ouelle.

Parmi d’autres mesures qu'il n'est pas nécessaire de rapporter ici, et qui n’ont qu'un intérêt local, je dois mentionner l'acte d’incorporation du collége de Sainte- Anne qu'il fit sanctionner par la législature en 1832.

Comme le parlement finissait en 1834, votre père laissa la vie politique. Ce fut pour lui une véritable sortie d'Egypte, et même quelque chose de plus; car les Israélites en regrettèrent les oignons; mais quant à votre père, je puis vous assurer qu’il ne regretta jamais rien de toutes les sessions parlementaires; mais qu’au contraire, il conserva toujours une aversion

marquée pour tout ce qui y avait rapport.

Puisque j'écris pour votre instruction, je veux vous citer un passage d’une lettre que le père de Ravignan écrivait à sa sœur, qui tout en s'appliquant particulièrement à la situation où se trouvait votre père, sera pour vous-mêmes, mes chers enfants, une utile leçon. Voici ce passage dont la pensée première s’est souvent offerte à mon esprit, mais que je n'ai jamais vue si bien formulée :

‘ Ne regrettons pas l’habitation des villes, et les avantages d’une brillante fortune ; une aisance honnête, la vie de la campagne, un entourage de bons paysans, la société de quelques amis et parents chrétiens, des occupations utiles et réglées, et la pratique de la religion: tout cela ne constitue-t-il pas suffisamment le

bonheur et même le seul bonheur sur la &

terre, si surtout nous savons descendre au fond de notre cœur, et là nous entretenir seul à seul avec Dieu, dans le silence, et quelques fois aussi nous nourrir de pieuses et solides lectures. En résumé la campagne avec le sentiment teligieux, une famille, quelques amis et le pain de tous les jours, c’est ce que le monde offre de meilleur; le reste n’est que tourment d'esprit, mirages perfides, vains bruits, ombre plus vaine encore. ” 1

Oh! mes chers enfants, votre père l’avait bien apprécié ce bonheur que procure l’honnête aisance, embaumée du parfum des . pratiques de notre sainte religion, lorsqu'il m'écrivait :

‘ Elève vers le Ciel, avec moi, des sentiments de reconnaissance pour les bien faits et les jouissances qu’il nous procure;

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