JACQUES BABY DE RANVILLE
M. Jacques Baby de Ranville est le chef de cette famille en Canada. Comme les Lanaudière, il était originaire de la Guienne et descenduit de Jern Baby, seigneur de Ranville, et de Dame Isabeau Robin. Il passa dans la Nouvelle-France :
avec le Régiment de Carignan, où il était officier (1664). S'étant déterminé, sur les instances de ses chefs, et à l'exemple de la : plupart des officiers de ce régiment, à s’y fixer il s'étabiit dans la paroisse do Cham-. plain. D'après le recensement de 1681, on voit qu'il possédait déjà, à cette époque, 40 arpents de terre défrichée et 8 bestiaux.
C'était alors une propriété considérable ; :
car Monsieur de Varennes, gouverneur des Trois-Rivières, n'avait que le même nombre d'arpents de terre défrichée.
“Comme trait caractéristique de cettè période primitive, on remarque, en feuil- Jetant ce recensement, le soin que l’on prenait de constater le nombre et Ja qualité des armes dont chaque fille était munie pour la défense de la colonie. Aïnsi l'on voit que Jacques Baby possédait un fusil et un pistolet. Il avait à son service deux domestiques dont les noms de baptême nous ont été conservés : Maximin né en 1631 et Magdeleine né en 1665.
M. Jacques Baby épousa en 1670 Mile Jeanne Dandonneuu du Sablé, fille de M.
Dandonneau, seigneur de l'Isle-du- Pads, et de dame Jeanne LeNoir. !
Elève de la vénérable Mère de l'Incarpation, première supérieure des Ursulines
1 Son contrat de mariage fait à Cham.
plain par le notaire Guillaume De la Rue, est daté au ler juin 1670 : ‘* furent pré- “sents, ÿ est-il dit, honorable homme 6 Jacque Babie, fils de di fuut honorable homme Jebian Babie, de la paroisse de # Mouteion, diocèse d’Aageu, etc., etes ?
de Québec, Mile du Sablé répondit de tout point à la solide éducation qu’elle avait reçue et aux espérances qu’elle avait fait concevoir. Modèle achevé des épouses et des mères, elle fut pour toute la colonie une prédication vivante. Aussi Dieu bénit-il visiblement son mariage. De cette union sont sortis grand nombre d'enfants qui tous firent honneur à leur noble origine, sous les noms de Duperron et de Chèneville. Trois des demoiselles frent d'excellents mariages. Marie-Anne épousa M. de Lusignan appartenant à une maison des plus honorables. Les deux autres entrèrent dans la famille Crevier et l’une d'elles devint belle-mère de M. P. Boncher, ce vénérable patriarche qui a laissé aux générations futures de si beaux exemples.
Raymond, le plus jeune de Ja famille, s'étant fixé à Montréal, y épousa, le 9 juin 1721, Mile Thérèse Dupré, fille de M. Louis LeComte Dupré et de Dame Catherine Saint-Georges. Par sa fortune.
par ses ‘IÎliances avec les Juchereau
Duchesnay, les Picoté de Bélestre, les Hertel, etc., cette famille était alors une des plus considérables du pays. Devenu père d’une nombreuse famille, M. Baby vit ses enfants, Louis, Jacques, Antoine et François, prendre part à toutes les guerres sanglantes de l’époque et s’y faire une réputation de bravoure des plus dignes d’envie. En 1755, connaissant la singulière influence qu'ils s'étaient acquise sur les Sauvages par leur conduite à la fois douce et ferme, M. de Contrecœur qui commandait au fort Duquesne, leur confiait une mission des plus périlleuses : celle de repousser les Anglais avec quelques guerriers de la nation des Loups : ‘ Aussitôt le présent ordre reçu, est-il dit dans le document qui en fait foi, ils partiront avec un parti de Chaouénons et de Loups, pour aller à la rencontre des Anglais. Si l’ennemi n’a pas dépassé la hauteur des terres, ils s’en reviendront saus frapper, et empécheront, autant qu'il leur sera possible, les Sauvages de le faire. Si, au contraire, ils les trouvent en armes sur les terres du
Roi, ils les repousseront par la force, mais auront attention pour que les Sauvages n’exercent aucune cruauté envers les prisonniers. Fait au fort Duquesne, le 18 juin 1755. (Signé) CONTRECŒUR.”
L'année suivante, M. Dumas qui, après la mort de M. de Beaujeu, avait été chargé de commander à sa place au fort Duquesne, également confiant dans l'habileté et la valeur des jeunes Baby, donnait à l’un d'eux l’ordre suivant : “ Il est ordonné au sieur Baby de partir avec un détachement de troupes, pour se rendre en Pensylvanie. Il s’attachera à observer les mouvements de l'ennemi, s’efforçant de saisir ses convois et de faire des prisonniers, afin de pénétrer ses desseins. Il marchera avec toutes les précautions possibles, afin d'éviter toute surprise, ayant toujours des éclaireurs en avant et sur ses aîles. Il emploiera son talent et le crédit qu’il a sur les Sauvages. pour empêcher toute cruauté à l'égard des prisonniers. Fait au fort Duquesne, le 20 juin 1756. (Signé) Dumas.”
Les Anglais persistant à s'emparer de Ja vallée de l'Ohio, M. de Ligneris qui avait succédé à M. Dumas dans le commandement du fort D :sne, envoya encore M. Baby à leur poursuite. C'était au mois d'août 1757. L'ordre est ainsi conçu :
Il est crdonné au Sicur Baby, officier dans les troupes, de partir incessamment de ce fort, avec le parti dont nous lui avons donné le commandement, afin de reconnaître l'ennemi et de l’attaquer, s’il trouve jour à le faire. Il prendra le plus grand soin pour savoir ses intentions et nous en donnera avis le plus promptement qu’i lui sera possible. S'il fait des prisonniers, il veillera à ce que les Sauvages ne se permettent aucune cruauté à leur égard et fera tous ses efforts pour les en empêcher.
(Signé) De Ligneris.
L'année suivante, au mois d'avril, le même officier chargeait les MM. Baby d’une nouvelle mission en Virginie. “Il est ordonné au Sieur Baby, officier de milice, est-il dit dans ce nouveau document, de partir incessamment de ce fort, avec le
Sieur Duperon, son frère, et de lever un parti de guerre qu’ils commanderont conjointement. [ls se mettront en campagne le plus promptement possible et iront frapper dans la province de la Virginie.” Les deux intrépides officiers étaient à peine de retour, ramenant avec eux vingt-neuf prisonniers, qu'ils étaient priés par M. de Vaudreuil de prêter main-forte à M. Duplessis, major des troupes à Montréal. Er 1760, lorsqu'il fut question d'arrêter l’ennemi dans sa marche sur Montréal, ils furent encore envoyés à l'Ile Sainte-Hélène, où commandait M. d’Ailleboust.
Comment les MM. Baby s’acquittèrentils des différentes opérations qui leur furent confiées ? C'est ce que nous apprend M. de Vaudreuil dans les lignes qu'on va lire :
4 Pierre Rigaud, marquis de Vaudreuil, Grand’Croix de l'ordre royal et militaire de Saint-Louis, Gouverneur ct Lieutenant-Général pour le Roy en toute la Nouvelle-France, certifions que les Sieurs Baby frères ont donné dans toutes les
occasions les plus grandes preuves de leur zèle et de leur désintéressement pour le service du Roy, qu’ils se sont distinguês par leur bravoure et leurs talents, dans toutes les occasions qui se sont données contre l'Anglais, que depuis l'établissement de la Belle-Rivière, il y en a toujours eu quelques-uns d'entre eux employés auprès des nations de cette contrée, et que dans plusieurs circonstances très-critiques, nous avons ressenti, avec avantage, le crédit et l'autorité qu'ils ont sur ces peuples ; qu’en dix occasions, on leur a confié des détachements qu'ils commandaient en chef pour aller frapper sur les provinces de l'ennemi, et toujours avec succès, entre autres en 1758, avec 30 hommes, ayant fait dans la Virginie et amené au fort Duquesne vingtneuf prisonniers. L'hiver dernier 1760 le commandant du Détroit. étant dans le cas d'envoyer des présents aux nations de ces contrées, et n’en ayant point dans ‘3 magasins, ces Messieurs, qui étaient destinés pour cette affaire, les ont faits eux-mêmes.
Enfin, qu'ils ont saisi, svus intérêt et avea
empressement, tous les moyens de se rendre utiles. Eu un mot, que leurs services nous ont été si agréables que nous ne pouvions rien faire de mieux que de leur accorder le présent certificat.”
Fait à Montréal le 15 juillet 1760.