‹ Mémoires de famille, l'honorable C.-E. Casgrain [microforme]Chapitre 30 sur 45 · EE 7 ST · texte numérisé non relu

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soleil se couche en arrière des Laurentides et fait étinceler les toitures des maisons.

Le temps s'écoulait rapidement, dans cette campagne, entre les promenades, les causeries et les rapports de bon voisinage, C’est là que notre mère s'est liée avec Mie Amélie de Salaberry d'une amitié qui n'a cessé qu'à la mort de cette aimable personne. C'est en souvenir de cette bonne amie, qu'une de nos sœurs a reçu au baptême le nom d'Amélie. Un des frères de Mie de Salaberrv, celui qui est si connu aujourd'hui sous le nom du * Héros de Châteauguay ”, venait souvent faire la partie d'échecs avec Mie Baby. Comme toute si funille, comme au reste toute la noblesse ctnadienne et la haute classe, 1 avait des idées monarchiques très prononcées, et repoussait ave indignation tout ce qui rappelait la révolution française,

Un soir, pendant qu'on était au salon, notre mère fut invitée à se mettre au piano, Après avoir exécuté quelques airs il lui prit tout à coup fantaisie de jouer Là Marseillaise. Aux premières notes que M. de Kalaberry entendit, il se leva brusquement et se dirigeant vers le plano: — Vous n'y pensez pas, S'écriast-1l, avec un ton de vif mécontentement, une Die Baby jouer un pareil air! Songez done aux scènes sanglantes qui Pont 4 souvent accompagné !

Cette indignation se conçoit ; on était alors si près des événements! Des parents des victimes, des prêtres proscrits étaient venus se réfugier au Canada, où ils vivaient encore, fréquentaient la société et racontaient les horreurs dont ils avaient été témoins.

Continuellement mêlée aux cercles des officiers, Me Baby avait été élevée beaucoup à l'anglaise et en avait pris les habitudes. Nous qui l'avons toujours connue si craintive, soit en voiture, soit sur l'eau, partout en un mot nous sommes loin de croire que pendant ses années de jeune fille, elle conduisait elle-même bravement cheval et voiture en ville et à la campagne. Elle était accoutumée à ce wenre d'exercice pour complaire à son oncle Ross-Lewin qui, au regard du sport, était un véritable Anglais comme son beau-frère Allison. Mie Baby n'allait pas toutefois aussi loin que sa tante dans cette voie, et n'accompagnait pas son oncle à la chasse, comme celle-ci Favait fait dans les premières années de son mariage. Elle se contentait de déguster Tes bons gibiers que M Ross-Lewin rapportait de ses chasses, C'était toujours une fête lorsque M, Ross-Lewin revenait avec quelques bécassines où pluviers. Mn Ross-Lewin ne se reposait pas alors sur sn cuisinière, Rose, li mulätresse que nous avons

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bien connue, pour faire cuire ces fines pièces de gibier *,

C'était elle-même qui les enveloppait de papillotes, les suspendait à li broche devant la cheminée et les faisait tourner devant le feu audessus des tranches de pain rôti, sur lesquelles tombait la graisse du gibier.

Un accident qui faillit être fatal à M. Ross- Lewin mit fin à ces parties de chasse auxquelles il prenait un si vif plaisir. Non fusil éclata entre ses mains, et le blessa si grièvement, qu'il fallut lui couper le poignet sauche.

Le bureau du Town Major se trouvait dans l'ancien collège des jésuites, converti en caserne, et qui à malheureusement été démoli, il v a peu d'années. La porte du bureau s'ouvrait du côté de la place, non loin de l'encoignure de la rue de la Fabrique. Lorsque M. Ross-Lewin visitait la citadelle pour les devoirs de sa charge, M'e Baby laccompagnait souvent, et elle prenait un plaisir d'enfant à choisir elle-même le mot de la consigne. Non oncle la laissait faire avec son indulsence ordinaire.

Le grand-oncle de notre mère, que celle-ci à très bien connu, lFhonorable François Baby, habitait une maison à double étage, à l'endroit

* Mme Du Perron-Baby avait donné une de ses esclaves noires à chacune de ses filles,

même qu'occupe aujourd'hui le palais cardinalice, Ceci me rappelle une anecdote que me racontait récemment le Cardinal lui-même, Après la vente que la famille Baby avait faite de cette maison à l'archevêque de Québec, les Dis Baby et leur tante, M Marguerite de la Naudière, qui lhabitaient encore, relfusdrent obstinément d'en sortir malgré toutes Les sommations. ME Turgoon, qui voulait bâtir sur l'emplacement Le palais arehiépowopal, ne vit qu'un moyen de faire évacuer be places tit M démolie par La base munie qui regardait le sémintire, et tit renverser tout d'un bloc, Qu'on se fivuure Le vacarme ot Fébranlement dans toute la maison, dont le pignon büillait tout grand ouvert au ciel. Les assiôgées épouvantébs dv purent tenir, et durent en maugréant comme savait le faire Mi de la Navdière, aller prendre gite ailleurs.

L'honorable François Baby était un des hommes les plus influents à la ville et au chàteau. La position de sa famille, sa haute education, l'intégrité de son caractère, li solidité de son jugement, sa fidélité à la couronne d'Aneleterre lui avaient ouvert les portes du Conseil Législatif et du Conseil Exécutif et acquis la confiance des gouverneurs. Ceux qui ne connaissaient pas la sincérité de son patriotisme, l'accusaient d'être trop anglais et opposé aux

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