‹ Mémoires de Fléchier sur les Grands-jours d'Auvergne en 1665, annotés et augmentés d'un appendice par m. Chéruel, et précédés d'une notice par m. Sainte-BeuveChapitre 13 sur 147 · XX INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XX INTRODUCTION

charmant que cet extérieur , et disent que c'est l'esprit le })lus doux, le plus enjoué, le plus insinuant et le plus adroit du monde, qui pense très-justement, donne un tour très-galant à ce qu'elle pense.... Aussi, tiennent-ils la conquête de ses yeux sûre , et ne croient pas que les cœurs les plus sévères puissent tenir une demi-heure contre elle, lorsqu'elle a bien entrepris de les toucher. Je sais des gens qui vouloient bien en faire lépreuve. » Ces gens-\k ne sont autre que lui-même. N'allons pas faire comme des lecteurs peu avertis. Ne nous en étonnons pas , ne nous en scandalisons pas. Fléchier , à cet âge et dans cette mode de société , est et doit être , au moins en paroles , partisan et sectateur du bel amour raffiné , de l'amour respectueux , à la Scudéri; de l'amour, non pas tel qu'on le fait dans le petit monde , mais de celui qui durerait des siècles avant de rien entreprendre ni entamer. Il sait sa carte de Tendre , il sait son code et sa procédure des Cours d'amour , il a lu VAstrée. Lisez donc la première historiette toute romanesque qu'il a mise à dessein en tête des Grands-Jours pour les commencer sous de gracieux auspices , et ne pas trop dépayser tout d'abord , lisez-la comme vous feriez d'une nouvelle de Segrais ; voyez-y ce qu'il a voulu surtout y montrer , l'application du sentiment et du ton des précieuses chez une belle de province ; et tout en notant ce que le récit a pour nous de singulier de la part d'un jeune abbé , qui avait déjà titre alors prédicateur du roi, disons-nous bien ; ce n'est là autre chose qu'une contenance admise et même requise dans un monde d'élite , l'attitude et la marque d'un esprit comme il faut. Qu'ajouter encore ? la sage Mme de Caumartin trouvait cela fort bon chez le précepteur de son fils ; Mme de Sablé, l'oracle de la justesse et censée convertie , si on lui prêta ensuite la Relation à lire ( comme il est bien probable ) , n'y trouvait pas à redire.

On se met en route de Riom pour Glermont. Fléchier se plaît à décrire le chemin et le paysage qui remplit agréa-

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