Journal de Dongois, fol. 206 et suiv
PROCÈS DU SIKIJU DESHEREAUX OU DE ZEREAl'X, 397
tirer un coup de mousqueton au travers du corps par un de ses cavaliers. Cette action horrible ayant fait grand bruit, il fut décrété au parlement contre de Zereaux , lequel fut longtemps prisonnier en la conciergerie ; mais il trouva moyen de surprendre un appointement ' et sortit de prison.
L'appointement étant venu à la connoissance , sur les conclusions de M. Bignon, avocat général, M. le procureur général y fut reçu opposant. Mais l'affaire ne fut pas poursuivie avec grande chaleur, de sorte que de Zereaux se trouva dans le Berry, lorsque les Grands-Jours furent établis. Therceville, prévôt des maréchaux, l'arrêta prisonnier; il en donna avis à M. Talon, lequel , sur sa requête , fit commettre ce prévôt pour instruire le procès à de Zereaux. Mais il s'en acquitta si mal que le prisonnier ayant été amené à Clermont, et l'affaire mise sur le bureau , l'on ordonna que les témoins seroient répétés , et le procès instruit tout de nouveau par M. de La Faluère. Les témoins furent mandés à Clermont et répétés. Après la répétition des témoins, de Zereaux refusa de subir l'interrogatoire, prétendant que son affaire avoit été jugée au parlement où il avoit été absous, outre que , sur quelque incident qui étoit survenu , ses pièces étoient engagées en une production qui étoit entre les mains de M. Catinat, conseiller.
Nonobstant ces remontrances , sur le rapport qu'en fit M. de La Faluère , il fut ordonné qu'il subiroit l'interrogatoire ; autrement, que son procès lui seroit instruit comme à un muet volontaire. Après la lecture de l'arrêt, il subit l'interrogatoire, où, pressé sur le fait de l'accusation, il reconnut qu'il avoit fait pendre un nommé Chalumeau ; mais il dit que ce misérable avoit violé la dame de Zereaux , sa femme , et que pour ce viol le procès avoit été fait à Chalumeau par le prévôt de l'armée et à un nommé Legras , son compagnon, et qu'il s'étoit chargé de faire exécuter la sentence de mort ; et tout cela sans preuve quelconque.
Après l'interrogatoire , on lui voulut confronter les témoins ; mais il refusa de lever la main et de subir la confrontation , de sorte que, sur le rapport du procès-verbal de M. de La Faluère, il fut ordonné qu'il subiroit la confrontation , ou que son procès seroit achevé comme à un muet volontaire. Il persista en
t. Voy. sur les procès appointés, p. 101 , note 1.
ses refus , et , après les délais portés par l'arrêt de règlement du 30 juillet 1664, le procès fut instruit comme à un muet volontaire. Douze témoins, dont il y avoit trois prêtres, soutinrent l'action comme elle est ci-dessus. De son côté, il ne produisit aucune justification du viol de sa femme par ces deux paysans. Néanmoins, sur ce qu'il n'avoit rien répondu sur la sellette et qu'il disoit que ses pièces étoient engagées à Paris, quoiqu'on lui eût donué deux mois pour les faire venir, il fut renvoyé au parlement pour y être jugé. L'affaire passa in mitiorem, y ayant eu huit voix à la mort et sept au renvoi.
xxvr
CONDAMNATIOX DE DESPINCHAL.
(Voy. p. 244 et 258.)
Le 23 janvier 1666, la cour, ayant vu le procès criminel fait au siège présidial de Riom contre Gaspard d'Espiuchal, seigneur de Massiac^ la sentence contre lui rendue par jugement présidial et en dernier ressort le 27 août 1662, pariaquelle il auroit été déclaré contumace et défaillant, atteint et convaincu des meurtres à lui imposés, pom' lesquels et pour autres cas mentionnés au procès il auroit été condamné d'avoir la tète tranchée, si appréhendé pouvoit être, sinon en effigie, ses biens acquis et confisqués à qui il appartiendroit , préalablement pris douze mille li\Tes d'amende vers le Roi , ses justices acquises et confisquées au Roi ; ordonné que ses maisons et la tour Montel, située au faubourg de Massiac, seroient rasées et les bois coupés à hauteur de ceinture ; les habitants de Massiac remis eu la possession de leurs biens , le curé et les chanoines en leurs dîmes, et d'Espinchal condamné en trente raille livres de dommages et intérêts envers les parties civiles.