INTRODUCTION. XXIII
dans les recueils du temps, et de plus étant prédicateur déjà fort goûté. Le compliment guindé que lui adressent les précieuses du lieu en l'abordant ; l'Art d'aimer, traduit par le président Nicole, qu'elles trouvent sur sa table, et qu'il leur prête avec le regret de ne pouvoir en même temps les rendre plus aimables ; la demande d'un sermon à faire, qui lui arrive précisément ce jour-là, tout cet ensemble compose un petit tableau malin, moqueur, assorti pourtant, et où rien ne„jii£Ê- Fléchier, en écrivant son récit, ne songeait qu'à faire sourire son beau monde aux dépens des, fausses préçie.usje^ : aujourd'hui, quand nous le lisons, une partie de notre sourire lui revient à lui-même, à l'abbé spirituel et fm, si bien tourné, si pénétré de son bon goût, mais un peu précieux.
Arrivant à son sujet principal, qui est la chronique des Grands-Jours, il nous montre le premier coup qui frappe sur une tête altière et imprudente , le vicomte de La Mothe de Canillac , « fort considéré pour sa qualité dans la province , et, au sentiment de tous, le plus innocent de tous les Canillac. » Ce qui n'empêchait pas qu'il n'eût bien à se reprocher quelques petits crimes; mais alHé et parent du président même des Grands-Jours, de M, de Novion, et fort de son innocence relative, le vicomte de Canillac devait se croire à l'abri des recherches, et il fut le premier atteint. Il avait contre lui les souvenirs de la Fronde, et d'avoir guerroyé contre le roi. Le président, comme les hommes peu sûrs de leur conscience, était avide de commencer par un coup d'éclat, qui mît la sienne en honneur, et qui affichât hautement son impartialité ^ M. Ta-
1 . Cela est si vrai que M. de Novion se hâtait là-dessus d'écrire à Colbert (20 octobre 1665) : «J'ai fait arrêter hier au soir le comte de Canillac Pont-du-Château , beau-frère de mon gendre. Jugez si je recule pour personne quand il s'agit du service du roi. Je ne sais pas encore quelle sera la charge que produira contre lui sa partie; mais enfin voilà un assez grand témoignage que la justice se fait ici sans discernement. » ( Correspondance administrative sous le règne de Louis XIV, 1851 , t. II, p. 1G5.)