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peu de mélancolie, et surtout une certaine naïveté fine et spirituelle qui rend sa conversation fort divertissante. Elle n'aime en aucune façon la contrainte, et n'a jamais voulu se tenir à cette bienséance superstitieuse qu'on a faite au sexe, et par son esprit elle s'est si bien mise au-dessus de tous les bruits, que bien qu'elle n'ait pas toute la retenue que les autres ont, on la croit néanmoins aussi honnête fille.
a L'intendant la voyoit souvent comme une personne fort gaie, dont les entretiens et les lettres le divertissoient extrêmement. Quelquefois elle les commençoit par des extravagances, comme lorsqu'elle lui écrivit : Le Diable vous ern- 2)orte, monsieur ! d'diUtres fois, par des douceurs badines et par des naïvetés de son invention. Aussi, comme elle écrivoit facilement, elle écrivoit beaucoup ; et comme on lui disoit un jour qu'elle écriroit, si elle continuoit, plus de volumes que saint Augustin : « Oui, dit-elle, quand je n'aurois que mes confessions à écrire comme lui. »
« Pendant que l'intendant s'amusoit ainsi, Fayet, qui étoit fort de ses amis, tant parce qu'il est un des plus galants hommes du pays, que parce qu'ils avoient autrefois fait leurs études ensemble, ce qui fait, comme vous savez, des liaisons éternelles, lui parla un jour confidemment de ses affaires, et le pria d'employer son crédit auprès des parents de la demoiselle, pour les faire enfin consentir à sa demande, et, s'il l'osoit même dire, à l'inclination de leur fille, et l'instruisit de diverses particularités, pour pouvoir négocier avec plus de succès. Il lui promit de prendre ses intérêts avec la même ardeur que si c'étoient les siens propres, et qu'il étoit fort trompé s'il ne venoit à bout de toutes choses. Il rendit visite à la mère, et fut sur le point de lui parler en faveur de son ami ; mais voyant en même temps la fille, je ne sais par quel instinct il s'arrêta et sentit une inspiration secrète de n'avancer pas si fort cette sollicitation. Il y fut une seconde fois, et après s'être entretenu quelque temps avec la fille, il ne sentit plus de bonne volonté pour son ami sur ce sujet.
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Enfin, ;i la troisième conversation, il en sortit non-seulement dans la résolution d'abandonner ses intérêts, mais encore dans le dessein d'avancer les siens ; et, quelque peu de bienséance qu'il y eût d'enlever ainsi la maîtresse d'un autre sur sa propre conlidence , il ne considéra plus son ami que comme son rival. Cependant il lui faisoit entendre qu'il songeoit à sa négociation, qu'il ne lalloit rien précipiter, qu'il cherchoit le temps propre à persuader, entretenant de ces chimères un honnne qui le croyoit de bonne loi, et qui ne se déficit point de lui.
« Fayet fut pressé de faire un voyage à Paris ; il en demanda congé à sa maîtresse, qui lui témoigna tous les déplaisirs du monde de le voir partir, l'assura, par ses soupirs et par ses larmes, que l'absence ne diminueroit en rien de sa fidélité ni de sa tendresse, et que, quelques efforts qu'on pût faire , elle ne seroit jamais à autre qu'à lui, et que le temps arriveroit bientôt de récompenser sa constance. IClle le pria de revenir au plus tôt, et lui donna tous les témoignages d'attachement qu'on peut donner. Vous pouvez bien juger que le pauvre amant étoit encore plus contristé , et qu'il montroit de son mieux, par ses soupirs et par ses larmes, les sentiments très-sincères de son cœur. Il partit, se tenant assuré de la fermeté de la fille sur les protestations qu'elle lui en faisoit, et présumant bien de la facifité des parents sur la sollicitation de l'intendant. Il arriva à Paris où il expédia ses afiaires avec toute la diligence possible , étant plus attaché à son amour qu'à son intérêt. Il reçut des lettres de l'ami qui lui don noient des espérances de son bonheur prochain et qui l'assuroient qu'il avoit toujours le cœur tout entier, et de l'amante qui le supplioit de vivre en repos, et d'être persuadé qu'il n'y avoit que deux partis à prendre pour elle, ou d'épouser Fayet ou de se retirer dans les Carmélites; mais qu'elle pourroit bientôt se déterminer par elle-même, et qu'il pouvoit bien croire en faveur de qui. On lui manda même qu'il éloit à propos de songer aux présents
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et aux préparatifs de la fête, ce qu'il fit fort magnifiquement et avec beaucoup de dépense, et revint avec beaucoup de joie dans la province. 11 fut aussi reçu avec toutes les marques de joie de son retour qu'il eût pu souhaiter, et qui, suivant toutes les apparences, indiquoicnt^ que l'affaire étoit en bon état, si ce n'est que la sollicitation n'avoit pas réussi; mais il ne la jugeoit plus nécessaire. Il s'engagea avec plus d'ardeur que jamais dans sa passion, glorieux d'être en état de surmonter tous les obstacles. Lorsque les vingt-cinq ans furent arrivés et que la chose devoit éclater du côté de la demoiselle, il parut qu'elle n'étoit pas aussi résolue qu'elle pensoit : elle relâcha un peu de cet empressement qu'elle avoit ordinairement à écrire et à recevoir des nouvelles ; cela pourtant pouvoit avoir ses raisons. Quelque temps après, Fayet ayant découvert que M. de Fortia avoit quelque commerce de lettres avec elle, il en surprit une par hasard, qu'elle lui écrivoit, dans laquelle il trouva ces paroles :
a Ne me pressez pas, je vous prie, monsieur, de vous ré- « pondre précisément sur le dernier article de votre lettre, a A'ous savez bien que c'est un mot difficile à dire et encore <i plus à écrire que celui-là ; qu'il vous suffise de savoir que « je suis bonne chrétienne et que j'accomplis fort bien le K commandement d'aimer mon prochain. Une autre fois vous a en saurez davantage. »
« Cette lettre avoit été rendue à l'intendant : mais , par un malheur qui arrive souvent, il l'avoit laissée tomber sans y prendre garde, et ceux qui l'avoient recueillie l'avoient mise entre les mains de celui qu'ils y estimoient le plus intéressé.
ce Fayet faillit à tomber évanoui , lorsqu'il découvrit ce mystère ; il n'en croyoit pas à ses yeux ; il relut le billet deux ou trois fois, et fit conscience de soupçonner encore. Il alla trouver son rival, et lui demanda s'il n'avoit point eu