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I7(i MEMOIRES DE FLECHIEU
ses bons voisins qui n'étoient pas moins fins que lui , jurèrent qu'ils ne pouvoient point s'empêcher de le conduire dans son ciiàteau , et qu'ils ne l'abandonneroient point qu'il n'y eût quelque accommodement. C'est en ces rencontres que la petite noblesse se fait de fête. Sous prétexte d'empêcher un combat , ils triomphent bien souvent eux-mêmes ; ils ravagent une maison , lorsqu'ils viennent la secourir, et les ennemis ne font pas souvent tant de désordre que ces troupes auxiliaires. Une petite course qu'ils auront faite leur vaudra plusieurs jours de bonne chère; encore leur a-t-on de l'obligation, et souvent ceux qui sont les plus heureux dans ces querelles trouvent bien à se repentir, quand ils viennent à considérer les dépenses , après qu'ils sont hors de danger. Ces gentilshommes l'accompagnoient donc , . et lui rendoient ce bon oftice avec bien de la joie ; mais toute leur prévoyance fut inutile, et par malheur ils ne sauvèrent pas leur ami, et ne mangèrent pas un de ses poulets d'Inde. Ils avoient fait à peine une demi-lieue, qu'ils se trouvèrent dans un chemin fort creux dont la descente étoit assez difficile. M. de Puy- Guilhaume, soit qu'il fût mieux monté que les autres, soit qu'il fût bien aise d'être un peu plus avancé pour rêver à son affaire et pour entretenir son ressentiment , étoit éloigné d'eux de trente à quarante pas, et avoit déjà franchi la montée, lorsqu'il vit son ennemi qui venoit le chercher de ce côté-là, et qui n'étant pas fort éloigné, courut à lui le pistolet à la main. Il lit ses avances de son côté ; ainsi , ils se trouvèrent à une juste distance pour tirer leurs coups avant que de pouvoir en être empêchés. La rencontre fut si imprévue et le combat fut si subit, que ceux qui étoient venus pour assister leur ami , le virent revenir sur ses pas blessé qu'il étoit , et tomber bientôt de cheval, criant qu'il avait le ventre brûlé. Le baron de lilot se mit en fuite, et quelque assistance qu'on pût rendre à M. de Puy-Guilhaume , il mourut le lendemain de sa blessure. 11 y avoit assez longtemps que l'affaire étoit passée, mais on en ht venir les informations aux Grands-
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Jours, où M. de I31ot, qui étoit fugitif, fut condamné par contumace à être pendu, tous ses biens confisqués au roi, ordonné que son château seroit rasé après les cinq ans de la contumace, selon l'ordonnance *; qu'on feroit le procès à la mémoire du défunt, selon les formes accoutumées en telles rencontres ^ Ce jugement ne fut pas sans difficulté. Il y eut quelques-uns des juges qui le trouvoient trop rigoureux, et qui prétendoient que , pour faire un véritable duel , il falloit non-seulement un combat , mais qu'il falloit qu'il fût volontaire et de concert entre les deux parties ; qu'en celui-ci , le défunt avoit été forcé par l'irruption subite de l'autre , et qu'à son égard ce n' avoit été qu'une rencontre, et qu'il n'étoit point sorti de la loi de la défense légitime. Ils rapportoient l'exemple de M. de Nogent et de M. d'Alluy, dont le dernier ayant forcé l'autre de tirer l'épée à Paris , et ayant été tué , fut déclaré tué innocemment et dans les règles de la défense. Cette jurisprudence paroissoit fort raisonnable , mais le sort des jugements l'emporta, et M. de Barillon, qui avoit ouvert cet avis à la douceur, et M. de Caumartin, qui l'avoit suivi, ne purent point y ramener la pluralité des voix.
L'après-dînée , on tint audience où l'on plaida plusieurs petites affaires. L'une de M. Deshéraux, qu'on accuse d'avoir pendu de sa propre autorité un homme qui lui avoit fait un affront sanglant. Ce gentilhomme, dont nous parlerons en un autre endroit, étant sur le point de se mettre en fuite, fut arrêté et conduit aux prisons des Grands-Jours , où voyant de