‹ Mémoires de Fléchier sur les Grands-jours d'Auvergne en 1665, annotés et augmentés d'un appendice par m. Chéruel, et précédés d'une notice par m. Sainte-BeuveChapitre 62 sur 147 · De juin 1643, art. 14 et · texte numérisé non relu

De juin 1643, art. 14 et

2. Dongois résume ainsi ce jugement {Journal , fol. 185) : « Le baron de Blot fut atteint et convaincu du crime de lèse-majesté, d'avoir contrevenu aux édits et déclarations des dueli; pour réparation il fut déclaré déchu du privilège de noblesse , condamné d'être pendu et étranglé , et en quatre mille livres parisis d'amende; que ses maisons et châteaux seroient rasés. les fossés comblés , les bois servant d'ornement coupés à trois pieds de hauteur, ses armoiries brisées et noircies par l'exécuteur après les cinq années de la contumace expirées; et il fut ordonné que le procès seroit fait à la mémoire de Péguillon . contre lequel il s'étoit battu. » Le nom de Péguillon est le même que celui de Puy-Guilhaume ou Puy-Guilheni.

grands exemples de sévérité et n'espérant point ni de grâce ni d'impunité dans une justice si exacte , il présenta requête pour être renvoyé au parlement de Paris, où son affaire étoit pendante , et où il devoit être jugé en vertu d'un arrêt du conseil. Mais M. Talon, qui ne veut point laisser échapper sa proie, s'y opposa fortement; représenta que les Grands- Jours étoient établis pour punir tous les criminels qu'ils trouvoient dans toute l'étendue de leur ressort ; que la cour qui étoit à Clermont et le parlement de Paris n' étoient pas deux choses différentes , et conclut à retenir son procès. Ses conclusions furent suivies. L'autre fut une requête que présentoit une femme pour être séparée de son mari. Elle prétextoit des violences et des injures considérables; qu'elle avoit été menacée, qu'elle avoit été maltraitée chez elle, et qu'elle avoit encore plus à craindre qu'elle n'avoit eu à souffrir. Mais la cause secrète de ce mauvais ménage étoit l'attachement qu'elle avoit avec M. l'officialde , qui la recevoit

tous les jours chez lui , et lui auroit volontiers donné des lettres de séparation et de dispense de fidélité conjugale. Le malheur pour lui étoit que la mère et tous les parents de la demoiselle s'opposoient à sa prétention ; ce qui obligea les juges de la remettre entre les mains de son mari, qui veut l'avoir auprès de lui, pour l'exhorter à bien vi\Te et pour la tirer de la juridiction de l'oflîcialité.

Le 15 S l'affaire de Mme de Yieuxpont fut expédiée. On s'étonna un peu moins de son crime, quand on sut que c' étoit une dame de Normandie ; et le naturel de la nation lit excuser en quelque façon le peu de sincérité de la personne. Cette dame ayant eu quelque sujet de se plaindre du procureur du roi d'Évreux *, conçut une telle animosité contre lui , qu'elle résolut de le perdre à quelque prix que ce fût. Comme c'étoit un homme à qui l'on n'avoit peut-être aucun reproche à faire avec justice , elle résolut de lui susciter de

J . Dongois place au 22 décembre le jugement de ce procès.

2. Il s'appelait Henry de Launoy et était avocat du roi à Évreux.

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fausses accusations, et de se venger par adresse. Elle se sentit assez capable de trahison , et se trouvant dans un pays où le faux témoignage n'est pas si défendu qu'ailleurs , elle se joignit avec cinq ou six personnes aussi peu scrupuleuses qu'elle, entre lesquelles étoit Damonville, intendant des eaux et forêts , un sergent et deux ou trois autres personnes ; et ainsi son dessein devint une conspiration. Elle se servit de la première occasion qu'elle rencontra, qui fut un baptême d'un enfant du sergent qui se trouve aujourd'hui dans l'affaire, et cette action, qui d'ailleurs est si sainte, lui servit d'occasion d'être criminelle. Elle résolut de manquer de foi , en recevant la profession de celle de l'enfant qu'elle tenoit, et cette solennité fut une fête de cabale. La première chose que fit cette bonne commère , ce fut d'attirer le chevalier de Russan, qui étoit compère avec elle, et d'avancer le complot par son moyen. Il y avoit pour lors une affaire dans Évreux qui partageoit la ville , touchant quelque argent qui avoit été levé sur des particuliers, pour payer le don gratuit de la province ^ Le procureur du roi fut obligé de parler en cette rencontre, et l'on prit sujet de l'accuser sur la harangue qu'il avoit faite. Des témoins furent disposés , les informations furent dressées ; tout fut prévu et prémédité , et comme on eut publié des monitoires dans la ville, par ordre de M. Talon, à l'occasion de la Chambre de justice, Mme de Vieuxpont vint pieusement à révélation , et accusa M. le procureur du roi d'avoir tenu des discours fort séditieux et fort injurieux au roi , en parlant du don gratuit , en pleine audience , et d'avoir dit publiquement que le roi étoit un tyran , que son conseil étoit tyrannique; qu'il falloit avouer que c'étoit un fâcheux gouvernement que la monarchie; qu'il seroit bien plus à propos de changer le royaume en république, de réduire l'État à la forme du gouvernement de. A'enise ; que chaque province devoit se conduire par elle-

1. On appelait don graiuit l'impôt que le clergé payait au roi. L'assemblée du clergé votait le don gratuit de cinq ans en cinq ans.

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niêiiie , et qu'on devoit prier le roi de se retirer dans quelque cloître, comme on avoit fait autrefois à quelques-uns de nos princes, qu'on avoit rasés pour des raisons semblables , et plusieurs autres choses atroces qui mériteroient une punition bien exemplaire, si elles étoient Ijien prouvées. Le chevalier de Russan prit le soin d'en informer Sa Majesté, et deux des conjurés eurent l'honneur de l'entretenir ensuite assez longtemps , et avec tant d'apparence , que le roi leur donna deux cents pistoles et des ordres pour arrêter cet officier malheureux. Il fut conduit à Paris , et son procès instruit par la Chambre de justice K On produisit cinquante dépositions de témoins, dont dix-huit étant confrontés dirent ou qu'ils avûient été forcés ou qu'ils avoient été surpris, outre que plusieurs personnes d'honneur qui avoient assisté à l'audience le même jour, témoignoient que ce n'étoit qu'une calomnie , et qu'ils n' avoient rien ouï de séditieux. Le bonhomme mourut dans la poursuite du procès , et les accusations furent si violentes, qu'il ne fut pas loin d'être condamné. Enfin , sa mémoire fut justifiée par arrêt de la Chambre de justice, à la sollicitation du fils qui, pour venger l'injure, et pour passer pour fils de bon naturel, prit les témoins à partie , et fit tout ce qu'une juste indignation et la loi même conseille en ces occasions, jugeant fils indigne de la succession celui qui ne poursuit pas ces injustices contre l'innocence des pères. La Chambre de justice se trouvant dans un grand embarras d'affaires , renvoya la dame de Yieuxpont et ses complices aux Grands-Jours , où le procès fut jugé au rapport de M. de Vaurouy. Ce ne fut pas sans difficulté : quelques-uns furent d'avis de la renvoyer sans punition et sans infamie, sur ce que de cinquante témoins on n'en avoit confronté que dix-huit ; que la déposition de ceux qui témoignoient n'avoir rien ouï dans l'audience , étoit une déposition

1. Cette Chambre de justice, instituée en 1661 pour juger les officiers de finances, siégea jusqu'en 1668. L'afl'aire dont il est question avait été renvoyée devant la Chambre de justice parce qu'il s'agissait d'un impôt.

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négative, qui concluoit fort peu; que c'étoient des officiers qui étoient amis de l'accusé ou qui craignoient eux-mêmes d'être accusés de n'avoir pas déféré un criminel d'Etat; qu'apparemment il y avoit quelque fondement , et que l'effronterie eût été trop grande de supposer un crime public; que l'animosité et la haine avoient sans doute bien ajouté à la vérité , mais que deux ans de sévère prison avoient assez puni ce qu'il y avoit d'excès et d'emportement de passion. Les autres soutenoient au contraire qu'il y avoit l'hyperbole du complot, et qu'ainsi tout devoit être suspect; que Mme de Vieuxpont avoit déjà déposé une autre fois contre cet homme, et qu'ainsi elle étoit son ennemie déclarée; qu'elle avoit été capable de beaucoup de dérèglements , et qu'on ne lui faisoit pas tort de la soupçonner de calomnie. Les conclusions de M. Talon alloient au bannissement perpétuel et à la confiscation de ses biens. Enfin, la plus grande partie des voix alla à trois ans de bannissement , à 8000 livres de réparation , dommages et intérêts de la partie, et à 2500 livres d'amende solidaire pour elle et ses complices. Damonville fut aussi condamné au bannissement , et le sergent qui avoit dressé les dépositions, suscité les témoins, donné des exploits, et conduit l'accusé et fait mille personnages dans ce procès, fut condamné à cinq ans de galères ^ Lorsqu'on mena cette dame devant les juges, elle parut

1. Voici: d'après le Jour/ia? de Dongois, le sommaire de l'arrêt : « Collart, sergent d'Ëvreux, fut condamné aux galères pour cinq ans ; Philippe d'Amonville, maître des eaux et forêts de la même ville, et la dame de Vieuxpont, baronne d'Haudouville , furent bannis des ressorts des parlements de Paris et de Normandie , savoir : d'Amonville pour sept ans , la dame de Vieuxpont pour trois, et ils furent tous trois condamnés solidairement en huit mille livres tournois de réparation envers Henry de Launoy; et d'Amonville et la dame de Vieuxpont en mille six cents livres d'amende envers le roi. r> Dongois a ajouté en note : « Les accusés avoient conspiré de perdre Launoy. avocat du roi à Évreux; et pour cela, sur quelques paroles assez innocentes qu'il avoit dites en sa place, ils l'accusèrent de crime de lèse-majesté, de sorte que Launoy . ayant été arrêté par l'ordre du roi, son procès fut instruit à la Chambre de justice où son innocence parut si visi-

d'abord avec beaucoup de fermeté ; mais lorsqu'il fallut se mettre sur la sellette, la crainte du jugement tira des larmes de ses yeux. Elle fut jusqu'au soir dans des emportements de douleur fort grands, sur l'incertitude de son arrêt, et quelque espérance qu'on pût lui donner, elle n'étoit pas consolable. Enfin, un gentilhomme qui avoit soin de ses affaires, arriva et lui dit d'une voix triste qu'il falloit se soumettre à tous les ordres de la Providence, et recevoir de la main de Dieu tout ce qu'on nous impose de peine , et que les juges ne sont que les interprètes des jugements de Dieu. Ce compliment, qu'on fait ordinairement à ceux qui sont jugés à mort, et qu'on veut préparer à leur dernière heure, épouvanta la dame affligée. La couleur de la mort parut peinte sur son visage, et elle souffrit un instant ce que souffrent ceux qui sont condamnés au dernier supplice ; mais comme elle eut appris que son arrêt ne portoit qu'un exil de trois ans, et une amende de 2000 li\Tes, son visage devint plus tranquille, ses yeux plus sereins ; elle donna quelques moments de trêve à sa douleur. Mais après avoir passé ce premier mouvement de satisfaction, la réflexion qu'elle lit sur son arrêt l'affligea fort. Elle revint dans ses premières tristesses, et cette petite joie de ne mourir pas fut bientôt passée, quand elle reconnut qu'elle ne pouvoit plus vivre que misérable. Elle a été durant deux ans extrêmement resserrée ; tous ses fermiers ont négligé et même ruiné ses terres, et il est probable qu'elle sera longtemps encore dans la prison, si l'on attend qu'elle ait payé ses réparations et ses amendes. Ceux qui parlent de son affaire avec un peu moins d'indulgence que les autres, disent qu'elle a été capable de passions fort emportées. M. l'intendant de cette province, qui a été autrefois son juge à Rouen , nous racontoit qu'elle avoit été en fort mauvaise intelligence avec son mari ; qu'elle l' avoit fait même appeler

blement que l'on décréta contre les témoins, et l'on instruisit le procès. Mais, comme cette affaire étoit très-intriguée, elle fut renvoyée aux Grands- Jours , où elle fut jugée. »

SUR LES GRANDS-JOURS DE iG63. iSS

en duel avec beaucoup de courage, et que le mari ne voulant point faire de si tristes combats avec elle, lui avoit mis en tête la belle-mère qui ne lui cédoit pas en hardiesse, et qui, pour conserver avec l'avantage de l'âge celui d'être aussi violente qu'elle, lui tira un jour un coup de pistolet dont elle la blessa, et lui lit connoître qu'il ne falloit jamais s'en prendre aux belles-mères. Cette mauvaise humeur où elle étoit contre son mari, a fait croire qu'elle avoit eu quelque part à sa mort ; mais ce peut être une calomnie par laquelle on venge celle qu'elle a suscitée contre les autres.

Ce même jour, la commission pour la présidence de M. de Caumartin fut présentée dans la Chambre K M. Talon avoit reçu une lettre de cachet depuis deux jours, avec des ordres précis de la présenter. Il alla d'abord trouver M. de Novion pour lui faire part de cette nouvelle, et l'ayant rencontré avec quelques-uns de MM. les conseillers, il leur représenta que le commandement étoit pressant et l'autorité du roi bien engagée ; que les parlements pouvoient quelquefois, pour des considérations raisonnables, différer l'exécution des ordres du roi, mais qu'un officier comme lui devoit s'acquitter au plus tôt des commissions qu'il recevoit, et ne pouvoit plus s'en dispenser en aucune manière. Ces Messieurs lui témoignèrent qu'ils étoient résolus d'arrêter dans la Chambre qu'on supplieroit Sa Majesté d'adresser au parlement cet arrêt pour l'enregistrement. M. Talon, voyant leur fermeté làdessus, proposa quelques expédients, et vint trouver M. de Caumartin pour l'informer de toutes choses et pour lui faire les propositions d'accommodement qu'on lui avoit faites ; il lui représenta leur obstination ; il venoit de recevoir d'un côté des lettres de ceux qui avoient sa correspondance, qui lui marquoient que la cour vouloit pousser entièrement l'affaire ; que le roi prétendoit faire valoir son autorité engagée,

1. La commission pour La présidence fut présentée le 14 décembre, d'après Dongois. On trouvera dans le journal du greffier toutes les pièces relatives à cette affaire.

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