‹ Mémoires de Fléchier sur les Grands-jours d'Auvergne en 1665, annotés et augmentés d'un appendice par m. Chéruel, et précédés d'une notice par m. Sainte-BeuveChapitre 84 sur 147 · Voy. pa^e · texte numérisé non relu

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s'est fait craindre sans se faire haïr. Toute la haine de ce règlement qu'on a fait pour les affaires ecclésiastiques dont le clergé a fait des plaintes si publiques et si amères , est tombée sur lui ; mais il y a apparence qu'il s'en démêlera bien , et qu'après que ces messieurs les prélats auront donné au roi trois ou quatre millions qu'il leur demande, on aura assez bonne composition pour cet arrêt. Quoi qu'il en soit , il a fait de très-belles actions pendant les Grands-Jours, et c'est un excellent génie. »

Cependant le temps de la retraite approchoit , et tout le monde s'étoit rendu chez soi. Nous reprîmes le chemin du canal en parlant des galanteries de M. de Barillon , des expéditions de M. Le Peletier et des actions mémorables de M. Nau. C'étoit lui qui chantoit avec plus d'emphase les chansons bachiques , qui dansoit la bourrée avec plus d'impétuosité, et qui portoit plus haut l'autorité de la justice. Il interrogea M. de Montvallat, et faillit à lui faire tourner la cervelle, et à le jeter dans le désespoir; il interrogea le vicomte de Beaune sur une chose très-légère , et le menaça d'abord de la question. Il l'épouvanta si fort qu'il n'en est revenu que bien longtemps après. Dans une querelle entre les laquais et les soldats, il voulut mettre en prison le lieutenant criminel qui étoit venu mettre le holà de la part de M. de Novion ; il menaça l'intendant qui voulut se mêler de l'affaire, protestant qu'il n'avoit plus d'autorité devant les Grands-Jours, et faisant entendre à M. de Novion même, qui n'approuvoit pas toutes ces promptitudes , qu'il n'avoit pas plus de pouvoir que lui dans la Chambre. Enfin , on faisoit peur de M. Nau aux petits enfants; il avoit eu le soin de régler la police et il avoit m l'industrie de manger beaucoup de perdrix h. très-bon marché. Il dressa tous les grands arrêts, il réforma les poids et les mesures, sous l'autorité de Mme Talon , et fit tout ce que le plus fier lieutenant criminel eût su faire. Il ne parla doucement qu'à son maître à danser; il grondoit tous les solliciteurs, et, lorsqu'il étoit en

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conversation , il tournoit tout en termes de chicane , et parloit en procureur, non pas en conseiller. Le souvenir de toutes ces discussions nous fit rire jusqu'à ce que nous nous séparâmes , après nous être promis de l'amitié l'un à l'autre. Nous partîmes le lendemain, et nous arrivâmes enfin à Paris avec beaucoup de joie, sans qu'il nous arrivât })ar le chemin aucune aventure considérable '.

1. Les commissaires partirent de Clermoiit le 4 tévrier 1666, et arrivèrent à Paris le 12.

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