XVIII INTRODUCTION
ce tribunal, composé de seize conseillers pour commissaires et assesseurs. M. Denis Talon, avocat général, devait exercer les fonctions du ministère public. ML de Caumartû», mattre des requêtes , était nommé pour tenir les sceaux et représenter plus directement le pouvoir royal. C'est du fils de M. de Gaumartin , qu'on appelait M. de Boissy, alors âgé de douze ou treize ans , que Fléchier était précepteur. Mme de Gaumartin la douairière, la jeune Mme de Gaumartin étaient du voyage , ainsi que quelques-unes des femmes ou des mères des principaux magistrats. Mme Talon la mère était venue pour tenir le ménage de son fils , et le président de Novion brillait galamment au milieu de mesdames ses filles.
M. de Gaumartin nous représente, dans ces Grands-Jours de Clermont, l'homme éclairé, un magistrat de cour, probe , poli, non pédant, sans passion ni prévention, humain et toujours prêt à graduer la justice , à l'adoucir sans l'énerver. Il est en lutte sourde de prérogative avec ses tollègses les commissaires , qui restent obstinément des gens de robe et de palais jusqu'au sein de cette commission royale extraordinaire , et qui résistent à l'idée de devoir être prtsidés par lui , par un mattre des requêtes , en cas d'absence ou de récusation de M. de Novion. Rien n'échappe à M. de Gaumartin des ridicules et de la morgue de ses dignes coUà^ gués , de même que rien n'échappe à Mme de Gaumartin la jeune des diiïdrents travers ei des airs guindés ou évaporés
INTRODUCTION. xix
^i se rassurèrent à la fin jusqu'à venir affronter la vue des terribles juges. Fléchier, d'un coin du salon où 11 souriait et causait avec grâce , vit tout et vit bien. C'était , on le conçoit, une partie de plaisir et un régal unique pour ce beau monde de Paris, que cette expédition et ces quartiers d'hiver au cœur d'une province réputée des plus sauvages , c^tte série de grands crimes , ces exécutions exemplaires auxquelles on n'était pas accoutumé de si près et entremêlées de dîners , de bals et d'un véritable gala perpétuel. Chapelle et Bachaumont , dix ans auparavant , avaient écrit une Relation de leur voyage pour bien moins. Tallemant des Réaux, vers ce même temps, notait des historiettes qui étaient moins piquantes et moins relevées en saveur. Fléchier, à sa manière, fit donc comme eux ; il écrivit ses historiettes et son voyage , il tint son journal. Il aurait voulu se dérober à cette tâche de société, qu'on ne le lui aurait pas permis. — «H. Dongois est le greffier de la Cour, à la bonne heure! mais vous, monsieur Fléchier, vous êtes le nôtre. » D me semble que j'entends le rire et les paroles. On a dû lui dire quelque chose d'approchant.
Son livre , d'ailleurs , a de la composition , de l'art ; Fléchier en met à tout. Il considère les Grands-Jours comme une sorte de tragi-comédie , et il y dispose le touchant , l'horrible , le gai avec alternative et comme on assortit des nuances. Il ne commence son récit qu'à l'arrivée à Riom , et lorsqu'on est sur la terre d'Auvergne. A propos de la rivalité entre Riom et Clermont , il cite complaisamment des vers de Chapelain , ce qui lui arrivera encore en un autre endroit : il y a là une légère flatterie à l'adresse de Chapelain , l'un de ses protecteurs. Parmi les choses rares de la ville , il se laisse montrer ime dame qu'on y estime , tant en esprit qu'en beauté, l'une des merveilles du monde. Il entre dans le détail de cette beauté qui , sans être achevée , lui paraît avoir de l'agrément : « Ceux qui la connoissent particulièrement , dit-il , trouvent en elle quelque chose de plus