XXX INTRODUCTION
M. Nao le croquemitaine, qui fait donner la question avec la même fureur qu'il danse lui-même la bourrée, ce sont moins là encore des portraits que des personnages d*une comédie de société et d'un proverbe : on les voit agir et vivre. Fléchier n'a rien de Molière en lui, mais il a du Théodoie Le Clercq : qu'on me pardonne bien vite ce rapprochement.
Les honneurs des Graiids-Jours sont et devaient être dans le récit dé Fléchier pour M. de Caumartin, son Mécène. Par un tour délicat il a mis l'éloge de M. de Caumartin dans la bouche d'un homme de considération avec gui il est censé s'entretenir en route , et en se promenant le long du canal de Briare. Ce résumé des impressions reçues durant ces quatre mois de haute judicature, et du rôle que chacun y a tenu, est d'un écrivain qui ne laisse rien au hasard, et qui sait comment on termine un ouvrage même facile, et qu'il ne publiera pas.
Cependant, après avoir vaqué au charme et à l'amusement de ce qui l'entourait, Fléchier devait songer à ce qu'on pourrait montrer au public : il fit donc une pièce de vers latins. In Canventibs jwridicos Arvernis habitas Carmen^ où il célébrait tout le monde, et, par-dessus tout, le roi, qui faisait revivre pour l'Auvergne , en proie jusqu'alors aux violences et aux crimes, un âge meilleur et le règne d'Astrée. Cette pièce officielle, qui fut imprimée à Clermont ( 1665), ressemble aussi peu à la Relation des Grande-Jours qu'une oraison funèbre ressemble à k vie réelle de rhomnie, Vn pea avant son retour
INTROMJGTiON. xxxi
ture de votre poëme latin sur la justice des Grands-Jours^ qui est sans doute l'un de vos meilleurs, bien qu'il ne sorte rien que d'excellent de vous. Il n'eût été que bon, au reste, de m'en envoyer plus d'une copie* pour faire souvenir ie vous où vous saves;, et tenir toujours votre nom et vos talents en considération sur des fondements aussi solides que ceux-là. A quoi, monsieur, ne serviroit pas peu encore quelque autre ouvrage latin ou françois sur la nouvelle largesse du roi dans la liberté qu'il a procurée par la terreur de ses armes et par l'effusion de ses trésors aux chrétiens captifs en Barbarie, qu'on n'attend que l'heure de voir revenir dâivrés... »
L'estimable Chapelain suggérait là à son jeune ami un nouveau sujet de poëme officiel et ennuyeux, pour trouver occasion de le faire valoir en cour et auprès de Colbert. Je n'ai pas à suivre la vie et la carrière de Fléchier. Ses protecteurs, et bientôt M. de Montausier tout particulièrement, se chargèrent de sa fortune. Je vois qu'en 1669, M. de Montausier avait songé à appliquer Fléchier à une interprétation et à un commentaire d'Horace, sans doute pour l'édition à l'usage du Dauphin. Mais Fléchier allait trouver le principal et le plus brillant emploi de son talent dans la chaire. Il eut à prononcer, en 1672, la première de ses Oraisons funèbres, celle de la duchesse de Montausier; la reconnaissance de l'orateur y donna cours à l'éloquence. Quelques mois après l'Académie française lui ouvrait ses portes, en remplacement de l'évêque de Vence Godeau. Ce fut à la séance de sa réception qu'on vit l'Académie pour la première fois convier le public et le beau monde et se parer comme pour une fête ; il seyait bien à la parole de Fléchier d'inaugurer ce genre de solennités. H avait alors quarante ans. Tous les honneurs et les succès lui venaient à la fois.
C'est ainsi qu'il s'acheminait vers l'épiscopat, qu'il devait