Voy. ApptndUêy n* VU
juges et de la justice , et dit de fort belles choses : qu'elle lui donnoit un flambeau pour faire voir qu'elle devoit éclairer les justes et qu'elle devoit consumer les coupables ; qu'elle étoit comme le soleil, qui éleyoit,d'un côté, les fleurs par la chaleur de ses rayons, et qui , de l'autre, séchoit les herbes inutiles. Enfin il finit par la paraphrase d'un psaume terrible , où il y a des expressions très-fortes de la colère et de l'indignation de Dieu , et par des vœux qu'il fit pour la prospérité et pour la conservation du roi. M. le président de Novion harangua aussi avec beaucoup de gravité , expliquant les desseins du roi, et témoignant qu'il étoit bien à déplorer que les gentilshommes d'Auvergne, qui sont issus du sang des Troyens et des Romains, eussent dégénéré de l'ancienne vertu de leurs ancêtres. Cela n'est appuyé que sur l'autorité de Lucain * , qui blâme les Auvergnats d'avoir l'eflFronterie de s'appeler les descendants des Troyens et les frères des Romains. Après les harangues , M. Robert , qui est un jeune avocat que M. de Novion favorisoit, et qui a d'assez beaux talents extérieurs pour les exercices du palais , commença à plaider une cause fort étudiée. Depuis ce temps-là , on ne parla que des gens arrêtés dans la province. Les prévôts se mirent tous en campagne, et la terreur fut si fort répandue partout, que les plus innocents mêmes se retirèrent dans le fond des montagnes. Ayant trouvé la commodité d'aller faire une promenade
SUE LES GRANDS-KNIftS DE 1665. 43
n*est point achevé , et se ressent un pea da désordre de la famille ; et le lendemain nous aperçûmes
Ces Tanoofl où Vichy, par ses diaudes footaines. Adoucit tooB les jours mifle ansantes peines.
Je me souvins de ces deux vers de M. Chapelain* ; il est vrai que c'est le plus beau paysage du monde. On y voit , d*un côté , des plaines ; de Tautre , des montagnes qui font un aspect différent , mais qui sont également fertiles , et qui fournissent au plaisir des yeux et aux nécessités de la vie tout ensemble. On ne sauroit s'imaginer un lieu plus charmant , quand on ae voudroit faire à plaisir une perspective. Dn de mes amis qui fait les plus jolis vers du monde , et qui est encore plus honnête honmie que bon poète , me disoit qu*il venoit y passer tous les ans six semaines , non pas tant pour sa santé que pour son divertissement :
Et pour voir ces lieux à loisir, Où la nature a pris plaisir De mettre dans son étendue* Tout ce qui peut plaire à la vue :
Les villages et les châteaux , Les vallons avec les coteaux, La perspective des montagnes Plus fertiles que les campagnes ' ; La rivière qui dans son cours Forme à leur pied mille détours ; La belle verdure des plaines, Le cristal de mille fontaines , Les prés, les ruisseaux et les bois, Toutes ces beautés à la fois.
Rendent ce pays admirable ;
1. Nouvelle flatterie à l'adresse du protecteur de Fléchier. Voy. page 3.
2. L'extrait des Mémoiret de Fléchier, publié par l'abbé Ducreux, présente ici quelques variantes :
■ A réunir dans l'étendue.... »
a. Variantes de l'extrait de l'abbé Ducreux :
« Couramnant de vastes campagnes ;
fe qui éans son cours.... »
Et , dans cette vue agréable * , L'œil ne sait de tous ces beaux lieux Celui qui rembellit le mieux.
Tous les efforts que la peinture Fait pour embellir la nature, Ne sont que de foibles crayons Des beautés que nous y voyons. Auprès de toutes ces merveilles, Qui peut-être sont sans pareilles, Je n'estimerois pas un clou Le paysage de Saint-Gloud ; Non plus que celui de Surène , Arrosé des flots de la Seine ; Et qui vante Montmorency, N'a rien vu s'il n'a vu ceci •.
La rivière d* Allier , qui serpente dans ce vallon et qui porte en cet endroit de grands bateaux , est un des beaux ornements de cette campagne. On travaille à la rendre navigable entièrement , à l'occasion d'une mine de charbon qu'on a trouvée dans les montagnes :
On voit le cristal de son onde Se rouler le plus pur du monde , D'un cours diligent et pressé.
Ce fleuve n'est point ramassé Dans un lit de juste étendue ; D'où vient que souvent à la vue n parott large en un endroit , Et dans l'autre il est fort étroit.
Mais , en remontant vers sa source ,
y trouye non-seulement à se divertir quand on le regarde , et à s'y nourrir quand on Thabite, mais encore à s'y guérir ([oand on est malade , et qu'on y trouve la beauté , l'abondance et la santé. Même, outre ces sources inutiles, qui arrosent les champs et ne font que récréer la vue, on en Toitqui fortifient le corps et qui soulagent les malades; par de longs canaux souterrains , elles courent au secours de œnt misérables qui viennent de tous les pays y chercher la fin de leurs tourments, et, passant par le soufre ou par le vitriol, elles se rendent dans de grands bassins qu'on leur a faits, et se présentent en bouillonnant à tous ceux qui Tiennent rechercher leur assistance. Aussi on les renferme S008 des grilles de fer, et l'on les tient aussi chères que les liqueurs les plus précieuses. Un capucin fort vénérable , et à qui sa barbe seule pourroit donner de l'autorité, vint d'abord nous en faire le panégyrique. Il nous parcourut toutes les maladies, nous donna des exemples de guérison de toutes les parties du corps humain , et conclut qu'il falloit que ces sources fussent des canaux de la piscine probatique dont il est parlé dans l'Évangile S et nous connûmes bien ensuite rintérèt qu'il avoit à louer ces fontaines.
La saison étoit fort avancée , et la plupart des buveurs s*étoient déjà retirés; il n'y restoit presque que ceux qui y Tiennent les premiers et restent toujours les derniers : je veux dire des religieux et des religieuses, que le grand soin de leur santé, et bien souvent le dégoût du clottre, retient longtemps après les autres. La facilité qu'on a d'entrer en conversation, et la liberté de se voir à toute heure, me fit bientôt connoltre que, de sept ou huit religieuses qui prenoient les eaux, il y en avoit quelquesunes qui avoient obtenu des ordres de la cour, pour y Tenir en dépit de leur évêque , d'autres qui avoient eu congé de leur évêque en dépit de leurs supérieures. Il y