IV INTRODUCTION
même au point de vue de la morale et de la religion, trouver cela plus étonnant que de voir saint François de Sales ouvrir son Introduction à la Vie dévote en nous parlant de la Boiujuetière Glycera.
Voyons Fléchier tel qu'il était, apprenons à le goûter dans les qualités qui lui sont propres et qui lui assurent un rang durable comme écrivain et comme narrateur; ne craignons pas de nous le représenter dans sa première fleur d'imagination et d'âme, dans sa première forme de jeune homme, d'abbé honnête homme et encore mondain ; et bientôt sans trop de complaisance, sans presque avoir à retrancher, nous arriverons insensiblement à celui qui n'avait eu en eflet qu'à se continuer lui-même, et à se laisser mûrir pour devenir l'orateur accompli si digne de célébrer Montausier et Turenne, et l'évêque régulier, pacifique, exemplaire, édifiant. Il n'y a pas de vie plus unie que la sienne, ni qui se tienne mieux.
Esprit Fléchier, né en juin 1632 à Pernes, dans le Comtat Venaissin, d'une honnête famille, mais appauvrie et réduite au petit commerce, annonça d'abord les dispositions d'un sujet parfait. Il reçut en naissant « un esprit juste, une imagination belle mais réglée, un bon cœur, des inclinations droites ; » et comme l'a dit un autre de ses biographes, il reçut du Ciel « ce naturel heureux que le Sage met au rang des plus grands biens, et qui tient peu du funeste héritage
INTRODUCTION. v
que dix jours au plus à la préparer. La maladie et la mort de son onde, le Père Hercule, rappelèrent à Paris en cette même année ; il se proposa d*y rester, et n*ayant pu le faire avec la permission de ses supérieurs , il sortit de la congrégation, mais en se déliant avec douceur comme ce sera toujours sa façon et sa méthode, en emportant et en laissant les meilleurs souvenirs. Il avait vingt-huit ans. C*est ici que le littérateur pour nous commence à paraître. D s*était exercé jusque-là dans de petites compositions, dans des jeux d*esprit scolaires ou académiques; il va continuer dans le même sens , en étendant un peu ses cadres.
n connyt Conrart, secrétaire perpétuel de l'Académie française, et qui se plaisait à produire les talents nouveaux. Ce fut Gonrart qui, comme on le disait, donna Fléchier à M. de Montausier. Ce fut lui qui le recommanda à Chapelain qui était, à cette date, la grande autorité littéraire et le procureur général des grâces. Fléchier aimait à faire des vers latins : il songea à s*en servir pour sa réputation et pour sa fortune littéraire; cette ancienne littérature scolastique, qui a encore eu, depuis, quelques rares retours, n'avait pas cessé de fleurir à cette date avant que les illustres poètes français du règne de Louis XIV eussent décidé l'entière victoire des genres modernes. Fléchier avait adressé au cardinal Mazarin une pièce de félicitation en vers latins (Carmm tucharisticim) sur la paix des Pyrénées (1660) ; il en fit une autre l'année suivante, sur la naissance du Dauphin (Gènethliacon). C'est à ce sujet que Chapelain lui écrivait une lettre que j'ai sous les yeux, inédite, datée du 18 janvier 1662, portant à l'adresse : Monsieur Fléchier ^ ecclésiastique à Paris. On y lit :
c Monsieur,
« Je reçus votre lettre et le poëme latin qui l'accompagnoit avec beaucoup de pudeur, ne pouvant sans rougir voir que vous le soumettez à mon jugement, lequel je ne puis exercer