VI INTRODUCTION
sans témérité sur d'autres ouvrages que sur les miens propres ; et je vous avoue que soit par cette raison , soit par le peu de loisir que me laissent mes occupations, je fus tenté de m*excuser du travail que vous exigiez de moi, et que le seul nom de M. Conrart me fit retenir votre cahier, et résoudre de vous complaire. Mais, après avoir lu votre Poëme, vous n'eûtes plus besoin dé sa recommandation auprès de moi ; voiM vous y rendîtes assez considérable par vousmême, et, tout inconnu que vous me fussiez, vous vous fîtes tout seul connottre à moi pour un homme de mérite et d'esprit qui n'aviez pas une médiocre habitude avec les Muses, et qui étiez avantageusement partagé de leurs faveurs, n y a dans cette pièce de ce génie poétique qui est si peu ordinaire, grande quantité de sentiments élevés, et de vers noblement tournés. Tout y est du sujet, et le sujet subUme de soi n'y est du tout point ravalé par les expressions fort latines, et par les nombres fort soutenus et fort arrondis. L'invention m'en semble même selon l'art, et je n'y ai rien trouvé qui ino donne scrupule, sinon que vous y introduisez la Renommée comme une divinité qui pénètre dans les choses i\atures, quoique sa fonction ne soit que de parler des événements présents ou passés. Vous y ferez réflexion, et en communiquerez avec vos amis habiles, auxquels je m'en rapporte s'ils ne s'y arrêtent pas. Je suis de leur avis pour la publication de l'ouvrage, et quand il aura paru, il aura mon
INTRODUCTION. m
La pièce en elle-même est élégante, ingénieuse, sans le feu et l'ardeur de la belle églogue de Virgile intitulée PoUion^ mais animée d*une douceur et comme d'une onction pacifique très-sensible et très-sincère. L'expression de mitis y revient souvent et nous donne la note de cet esprit doux par excellence, et qui sut l'être sans fadeur. Le Dauphin, dit-il, n'a dû naître qu'après les guerres terminées et à une heure de paix pour le monde :
Sic Fata parabant
Nec decuit mites nasci inter crimina Divos.
n serait peu raisonnable, sans doute, d'accuser Fléchier de paganisme pour ce Fata et ce Divos. H le serait tout aussi peu de l'aller accuser de galanterie ( dans l'acception fâcheuse) et de licence pour certaines anecdotes des Grands-- Jours. Dans l'un et dans l'autre cas, il obéit à un genre admis et à un ton donné.
C'est ainsi que dans sa pièce latine la plus considérable qu'il a consacrée à célébrer le Carrousel royal de 1662, et à décrire les divers groupes de cavaliers qui y figuraient, il n'a eu garde d'oublier ce qui fait le principal attrait des tournois, les dames qui regardent et qui s'y enflamment, et Cupidon dans les airs qui se réjouit :
Mediis e nubibus ipse Cupide
Dulces insidias furtim meditatur, et artem Exercet, ludumque suum; sumptaque pharetra , Blandis plena dolis et dulci iincta veneno
obseiration au sujet de la Renommée dont il a fait l'interprète de l'avenir; car dans la pièce, telle qu'elle est imprimée, il a pris soin de ne nous représtenter-la déesse que comme se faisant l'écho des premiers bruits répandus et des premières rumeurs du destin; les oracles transpirent déjà, eUe répète ce qu'elle a entendu :
Toto tum pectore prona
Volyit centum oculos , et centum subrigit aures , Impatiens strepere , et magnos inquirit in ortus , Exploratque aditus fcÀi, primxvaque captai iiiMptaa, et yelox coUecti nuncia veri, Qu« dîdtctl, pandit patriis oracula regnis.