‹ Mémoires de Fléchier sur les Grands-Jours d'Auvergne en 1665 (volume 2)Chapitre 42 sur 98 · I. Ce mol désii^ue ici un (p'and repas · texte numérisé non relu

I. Ce mol désii^ue ici un (p'and repas

S8G MÉMOIRES DE FLËCHIER

seulement divertir, mais encore aguerrirnos jeunes gens, el rendre notre ville aussi forte que galante. Aussi l'on ne croyoit point de dépense mieux employée , et jusqu'à M. Fayet, que vous connoissez, qui est un des hommes les plus libéraux et les plus honorables de la province, toutes choses se sont passées avec une somptuosité et une pompe extraordinaires. Les hommes même étoient mieux faits, et quoiqu'ils fussent plus propres à se faire aimer des dames, ils étoient toujours avec beaucoup de respect et de retenue auprès d'elles; et quelques folies qu'ils fissent, c'étoient des folies honnêtes qu'on ne faisoit pas sans beaucoup d'esprit. Mais enfin toute cette politesse est passée, et je ne connois plus Clermont. On s'est piqué d'avoir des présidiaux et des cours des aides; on s'est jeté dans la robe par des considérations d'intérêt , et l'on a peine aujourd'hui à trouver un bon roi de Haute-Folie. Tout ce qui reste de ces jeux anciens, est un droit d'exaction et une imposition de tribut en certaines rencontres. Lorsqu'un étranger épouse une demoiselle de la ville, le prince la taxe à un certain nombre de millions, qui valent autant de pistoles, pour leur faire payer la sortie de la nymphe qu'il enlève. Lorsqu'un homme veuf épouse une fille, ou une veuve un garçon, ils sont taxés selon leur condition, pour avoir enlevé la nymphe ou le seigneur qui devoit appartenir à quelque autre. Voilà les seules taxes dont on parloit en ce temps-là. Chacun y jouissoit en repos de son bien et ne devoit rien jusqu'à son mariage. L'imposition étoit fort modique, on donnoit un temps raisonnable à payer, et plût à Dieu que toutes les taxes fussent de même! Il est vrai qu'après le temps préfix, on alloit lever la somme, et que si Ton différoit un peu trop , l'usage étoit que les officiers du prince entroient dans la maison du débiteur avec beaucoup de folie, suivant leur institut, détendoient les tapisseries, confondoient tous les meubles, et c'étoit l'ordre de jeter tout par la fenêtre. Cela se faisoit de si bonne grâce» que c'étoit un divertissement et non pas une violence; et ces

sortes de plaisants désordres passoient pour des fétes d*État parmi tout le peuple. Cette levée de deniers servoit à deux ou trois choses : à honorer par quelques pompes extérieures le mariage des taxés, à faire un festin où se trouvoit toute la cour, et à fournir aux réparations de la ville. L'établissement reste encore, mais le luxe et la belle joie n'en sont plus, et la peine qu'on a à payer des taxes rigoureuses éteint le plaisir qu'on avoit de lever celles qui nous étoient si agréables. >

L'intérêt que ce bonhomme avoit dans les affaires du temps par l'engagement que son gendre avoit eu dans quelque affaire de parti avec le roi , et quelques menaces de l'intendant qui l'avoient affligé sensiblement, lui renouvelèrent sa douleur, et l'empêchèrent de nous dire encore quelques particularités de ces compagnies de réjouissances. Nous apprîmes pourtant que, dans leurs festins, ils buvoient dans une coupe où les pistoles étoient , et qu'un jour, dans la gaieté de la fête, un des officiers de la couronne de folie en avala sept en buvant un peu trop avidement. On nous montra encore un fort beau bassin, qu'on fait dans une grande place aux dépens de ces princes, où il y aura un jet d'eau aussi beau qu'il y en puisse avoir, et l'on compte que l'ouvrage leur reviendra à quatre ou cinq mille francs*. Lorsqu'ils furent chez M. de Vaurouy , ils lui offrirent par honneur des tablettes pour se taxer lui-même, en lui témoignant pourtant qu'il ne sauroit assez payer la douceur qu'il auroit avec la plus belle de leurs nymphes qu'il leur eolevoit.

Cq)endant la lettre de congé étoit arrivée *, et Messieurs des Grands- Jours, qui n'étoient plus que des conseillers du parlement sans autorité, ne songèrent qu'à déménager, et à s'en retourner à Paris. Quoiqu'ils fuissent extrêmement em-

1. Ce bassin, qui existait sur la place de Jaude, a été détruit vers la fin du xviii* siècle.

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