‹ Mémoires de Fléchier sur les grands-jours d'Auvergne en 1665Chapitre 109 sur 129 · XX Y · texte numérisé non relu

XX Y

PROCÈS DU SIEUR DESHEREAUX OU DE ZEREAUX. (Voy. p. 237 et suiv.)

Guy de Léans, sieur de Zereaux, a été fort connu pour son affaire. Pendant le siège de Montrond, il prit le parti de MM. les princes , et , avec une compagnie de chevau-légers qu'il avoit levée, il n'y a point de violences et d'exactions qu'il ne fit dans le Berry. Mais la principale cruauté qu'il y exerça fut que, de son autorité privée, il se saisit de deux pauvres paysans qu'il retint pendant huit jours dans un château, où il leur faisoit donner les étrivières chaque jour et leur faisoit tirer des pistolets chargés de sel dans les fesses ; et , après ce temps , il les fit lier sur des chevaux et les mena à un bourg nommé Saint-Pierre des Esteux , où il envoya quérir un prêtre, les fit confesser, et en fit pendre un en sa présence à un arbre , et , voyant qu'il ne mouroit pas assez tôt , il lui mit la main sur le cœur, et, ayant senti quelque mouvement, il lui fit

i Journal de Dongois . fol. 206 et suivv

PROCES Dl SIEUR DESHEREA1 X OU DE ZEREAUX. 391

tirer un coup de mousqueton au travers du corps par un de ses cavaliers. Cette action horrible ayant fait grand bruit, il fut décrété au parlement contre de Zereaux , lequel fut longtemps prisonnier en la conciergerie ; mais il trouva moyen de surprendre un appointement * et sortit de prison.

L'appointement étant venu à la connoissance , sur les conclusions de M. Bignon, avocat général, M. le procureur général y fut reçu opposant. Mais l'affaire ne fut pas poursuivie avec grande chaleur, de sorte que de Zereaux se trouva dans le Berry, lorsque les Grands-Jours furent établis. Therceville , prévôt des maréchaux, l'arrêta prisonnier; il en donna avis à M. Talon, lequel , sur sa requête , fit commettre ce prévôt pour instruire le procès à de Zereaux. Mais il s'en acquitta si mal que le prisonnier ayant été amené à Clermont , et l'affaire mise sur le bureau , l'on ordonna que les témoins seroient répétés , et le procès instruit tout de nouveau par M. de La Faluère. Les témoins furent mandés à Clermont et répétés. Après la répétition des témoins, de Zereaux refusa de subir l'interrogatoire, prétendant que son affaire avoit été jugée au parlement où il avoit été absous, outre que , sur quelque incident qui étoit survenu , ses pièces étoient engagées en une production qui étoit entre les mains de M. Catinat, conseiller.

Nonobstant ces remontrances , sur le rapport qu'en fit M. de La Faluère , il fut ordonné qu'il subiroit l'interrogatoire ; autrement , que son procès lui seroit instruit comme à un muet volontaire. Après la lecture de l'arrêt, il subit l'interrogatoire, où, pressé sur le fait de l'accusation, il reconnut qu'il avoit fait pendre un nommé Chalumeau ; mais il dit que ce misérable avoit violé la dame de Zereaux , sa femme , et que pour ce viol le procès avoit été fait à Chalumeau par le prévôt de l'armée et à un nommé Legras, son compagnon, et qu'il s'étoit chargé de faire exécuter la sentence de mort ; et tout cela sans preuve quelconque.

Après l'interrogatoire , on lui voulut confronter les témoins ; mais il refusa de lever la main et de subir la confrontation , de sorte que, sur le rapport du procès-verbal de M. de La Faluère, il fut ordonné qu'il subiroit la confrontation , ou que son procès seroit achevé comme à un muet volontaire. Il persista en

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