‹ Mémoires de Fléchier sur les grands-jours d'Auvergne en 1665Chapitre 11 sur 129 · XX INTRODUCTION · texte numérisé non relu

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charmant que cet extérieur , et disent que c'est l'esprit le plus doux, le plus enjoué, le plus insinuant et le plus adroit du monde, qui pense très-justement, donne un tour très-galant à ce qu'elle pense.... Aussi, tiennent-ils la conquête de ses yeux sûre , et ne croient pas que les cœurs les plus sévères puissent tenir une demi-heure contre elle, lorsqu'elle a bien entrepris de les toucher. Je sais des gens qui vouloient bien en faire l'épreuve. » Ces gensAh. ne sont autre que lui-même. N'allons pas faire comme des lecteurs peu avertis. Ne nous en étonnons pas , ne nous en scandalisons pas. Fléchier , à cet âge et dans cette mode de société , est et doit être , au moins en paroles , partisan et sectateur du bel amour raffiné , de l'amour respectueux , à la Scudéri; de l'amour, non pas tel qu'on le fait dans le petit monde , mais de celui qui durerait des siècles avant de rien entreprendre ni entamer. Il sait sa carte de Tendre , il sait son code et sa procédure des Cours d'amour , il a lu YAstrée. Lisez donc la première historiette toute romanesque qu'il a mise à dessein en tête des Grands-Jours pour les commencer sous de gracieux auspices , et ne pas trop dépayser tout d'abord , lisez-la comme vous feriez d'une nouvelle de Segrais ; voyez-y ce qu'il a voulu surtout y montrer , l'application du sentiment et du ton des précieuses chez une belle de province ; et tout en notant ce que le récit a pour nous de singulier de la part d'un jeune abbé , qui avait déjà titre alors prédicateur du roi, disons-nous bien : ce n'est là autre chose qu'une contenance admise et même requise dans un monde d'élite , l'attitude et la marque d'un esprit comme il faut. Qu'ajouter encore ? la sage Mme de Caumartin trouvait cela fort bon chez le précepteur de son fils ; Mme de Sablé, l'oracle de la justesse et censée convertie , si on lui prêta ensuite la Relation à lire ( comme il est bien probable) , n'y trouvait pas à redire.

On se met en route de Riom pour Clermont. Fléchier se plaît à décrire le chemin et le paysage qui remplit agréa-

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blement l'intervalle. Od esl dans une longue allée plantée des deui côtés et arrosée d'un double ruisseau : «on découvre en éloignement les montagnes de Forez d'un côté , et une grande étendue de prairies, qui sont d'un vert bien plus frais et plus vif que celui des autres pays. Une infinité de petits ruisseaux serpentent dedans, et font voir un beau cristal qui s'écoule à petit bruit dans un lit de la plus belle verdure du monde. On voit de l'autre les montagnes d'Auvergne fort proches, qui bornent la vue si agréablement, que les yeux ne voudroient point aller plus loin , car elles sont revêtues d'un vert mêlé qui fait un fort bel effet, et d'ailleurs d'une grande fertilité.... » Fléchier en chaque occasion aura de ces descriptions de la nature, descriptions un peu maniérées et qui empruntent volontiers aux choses des salons, au cristal, à l'émeraude, à l'émail, leurs termes de comparaison et leurs images : toutefois , sous l'expression artificielle , on sent un certain goût et un sentiment fleuri de la nature.

Chemin faisant il se raille un peu des harangueurs de campagne qui saluent au passage et retardent la marche de messieurs des Grands-Jours. Dès l'arrivée à Clermont sa raillerie change d'objet, et il montre M. Talon dans son zèle, visitant avant tout les prisons « pour voir si elles étoient sûres et capables de contenir autant de criminels qu'il espéroit en faire arrêter ; et, suivant les chambres et les cachots, il minutoit déjà les conclusions qu'il devoit donner. » Ainsi débute et va procéder cette douce ironie sans trop avoir l'air d'y toucher; et un peu plus loin il nous donnera de la magnifique harangue d'ouverture de M. Talon une analyse exacte et qui est à la fois malicieuse.

Ce n'est pas que la plaisanterie de Fléchier soit toujours irréprochable ; il a du bel esprit, et par endroits du précieux; il a du mauvais goût. Il caresse volontiers son idée jusqu'au bout et concerte son expression; il pousse et redouble à plaisir son antithèse. 11 veut introduire del'agré-

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