XVIII INTRODUCTION
ce tribunal, composé de seize conseillers pour commissaires et assesseurs. M. Denis Talon, avocat général, devait exercer les fonctions du ministère public. M. de Caumartin, maître des requêtes , était nommé pour tenir les sceaux et représenter plus directement le pouvoir royal. C'est du fils de M. de Caumartin , qu'on appelait M. de Boissy, alors âgé de douze ou treize ans , que Fléchier était précepteur. Mme de Caumartin la douairière, la jeune Mme de Caumartin étaient du voyage , ainsi que quelques-unes des femmes ou des mères des principaux magistrats. Mme Talon la mère était venue pour tenir le ménage de son fils , et le président de Novion brillait galamment au milieu de mesdames ses filles.
M. de Caumartin nous représente , dans ces Grands-Jours de Clermont, l'homme éclairé, un magistrat de cour, probe , poli , non pédant , sans passion ni prévention , humain et toujours prêt à graduer la justice , à l'adoucir sans l'énerver. Il est en lutte sourde de prérogative avec ses collègues les commissaires , qui restent obstinément des gens de robe et de palais jusqu'au sein de cette commission royale extraordinaire , et qui résistent à l'idée de devoir être présidés par lui , par un maître des requêtes , en cas d'absence ou de récusation de M. de Novion. Rien n'échappe à M. de Caumartin des ridicules et de la morgue de ses dignes collègues , de même que rien n'échappe à Mme de Caumartin la jeune des différents travers et des airs guindés ou évaporés de ces dames , de celles même venues de Paris , et qui ne sont pas tout à fait de son monde. Fléchier touchera tout cela dans le goût de ses patrons , qui est aussi le sien , avec finesse , d'un air d'indulgence et d'une griffe légère.
Durant quatre mois pleins , depuis le 25 septembre 1665, jour d'arrivée à Clermont, jusqu'au 4 février suivant, jour du départ , la maison de M. de Caumartin fut un centre de réunion et pour messieurs des Grands-Jours , et pour les principaux de la ville , et même pour ceux de la noblesse
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qui se rassurèrent à la fin jusqu'à venir affronter la vue des terribles juges. Fléchier, d'un coin du salon où il souriait et causait avec grâce , vit tout et vit bien. C'était , on le conçoit , une partie de plaisir et un régal unique pour ce beau inonde de Paris , que cette expédition et ces quartiers d'hiver au cœur d'une province réputée des plus sauvages , cette série de grands crimes , ces exécutions exemplaires auxquelles on n'était pas accoutumé de si près et entremêlées de dîners, de bals et d'un véritable gala perpétuel. Chapelle et Bachaumont , dix ans auparavant , avaient écrit une Relation de leur voyage pour bien moins. Tallemant des Réaux , vers ce même temps, notait des historiettes qui étaient moins piquantes et moins relevées en saveur. Fléchier , à sa manière , fit donc comme eux ; il écrivit ses historiettes et son voyage , il tint son journal. Il aurait voulu se dérober à cette tâche de société, qu'on ne le lui aurait pas permis. — «M. Dongois est le greffier de la Cour, à la bonne heure! mais vous, monsieur Fléchier, vous êtes le nôtre. >• Il me semble que j'entends le rire et les paroles. On a dû lui dire quelque chose d'approchant.
Son livre , d'ailleurs , a de la composition , de l'art ; Fléchier en met à tout. Il considère les Grands-Jours comme une sorte de tragi-comédie, et il y dispose le touchant, l'horrible , le gai avec alternative et comme on assortit des nuances. Il ne commence son récit qu'à l'arrivée à Riom , et lorsqu'on est sur la terre d'Auvergne. A propos de la rivalité entre Riom et Clermont , il cite complaisamment des vers de Chapelain , ce qui lui arrivera encore en un autre endroit : il y a là une légère flatterie à l'adresse de Chapelain , l'un de ses protecteurs. Parmi les choses rares de la ville , il se laisse montrer une dame qu'on y estime , tant en esprit qu'en beauté, l'une des merveilles du monde. Il entre dans le détail de cette beauté qui , sans être achevée , lui paraît avoir de l'agrément : « Ceux qui la connoissent particulièrement , dit-il , trouvent en elle quelque chose de plus