INTRODUCTION
sommes jaloux, » a dit quelque pari Ulysse chez Homère. Dure et ingrate nature humaine , pétrie au fond d'envie , bien plus que de bonté, qui ne sort guère d'un excès que pour un autre , et qui , dès qu'elle n'est plus foulée et à terre, a besoin de fouler quelqu'un : * Si on ne leur parle arec honneur, nous dit Fléchier dans son récit, et si l'on manque à les saluer civilement , ils en appellent aux Grands- Jours, menacent de faire punir, et protestent de violence. Une dame de la campagne se plaignoit que tous ses paysans avoient acheté des gants et croyoient qu'ils n'étoient plus obligés de travailler, et que le roi ne considéroit plus qu'eux dans son royaume. Lorsque des personnes de qualité , d'esprit et de fort bonnes mœurs , qui ne craignoient point la plus sévère justice , et qui s'étoient acquis la bienveillance des peuples , venoient à Clermont , ces bonnes gens les assuroient de leur protection , et leur présentoient des attestations de vie et mœurs , croyant que c'étoit une dépendance nécessaire, et qu'ils étoient devenus seigneurs, par privilège, de leurs seigneurs mêmes. » Mais voici ce qu'ajoute Fléchier , et qui est plus curieux que tout , car on y retrouve cette éternelle question des biens chez une race avare et âpre au partage : « Ils étoient encore persuadés que le roi n'envoyoit cette Compagnie que pour les faire rentrer dans leur bien , de quelque manière qu'ils l'eussent vendu , et sur cela ils comptoient déjà pour leur héritage tout ce que leurs ancêtres avoient vendu , remontant jusques à la troisième génération. » En n'ayant l'air que de sourire , le futur évêque de Nîmes se montre encore ici un connaisseur très-clairvoyant et très-expérimenté de la nature humaine, et ne versant d'aucun côté. C'est un moraliste qui connaît les grands , et déjà les petits.
L'humanité , dont Fléchier donne en plus d'un endroit des marques , ne prend jamais la forme à laquelle le xvnr siècle nous accoutumera; il ne lait point étal de phi-