‹ Mémoires de Fléchier sur les grands-jours d'Auvergne en 1665Chapitre 56 sur 129 · Exécutés en effigie · texte numérisé non relu

Exécutés en effigie

2. Jean Chardon, seigneur de Saint-Bonnet, né vers 1642. devint conseiller à la cour des aides de Clermont, en 1603. Voy. Appendice, n°XXHI.

si R LES GRANDS-JOURS DE 1665. ±2:>

assez raisonnable. Chardon le lils , ayant épousé une fille qui étoit des sujettes de M. le comte de Canillac, sous espérance d'en tirer beaucoup de bien , et , n'ayant pas trouvé tout ce qu'il espéroit , lit plusieurs petites persécutions à son beau-père, lequel se trouvant pressé céda 2000 livres au comte de Canillac le père, à condition qu'il le protégeroit contre son gendre. Il le lit pendant sa vie, et laissa en mourant un mémoire à son fils pour la décharge de sa conscience. Celui-ci, pour ne manquer point à un devoir si légitime, et pour accomplir abondamment la recommandation qui lui avoit été laissée par testament, non-seulement il protégea le beau-père , mais encore il persécuta le gendre et toute sa famille , et leur fit des affronts si sanglants qu'il les réduisit au désespoir, et les obligea de s'en aller plaindre à la cour, ne pouvant avoir aucune protection d'ailleurs. Lorsque le roi eut résolu d'arrêter les oppressions de cette province, et qu'il eut choisi M. de Novion pour présider à la Chambre, ce suppliant présenta requête, remontra l'alliance du président avec sa partie, ne cessa point de se plaindre jusqu'à ce que le roi lui eût promis qu'aucune alliance n'empêcheroit qu'on ne lui rendît toute sorte de justice. Sur cela, il espéroit le faire périr et lui suscitoit tous les témoignages qu'il pouvoit. Il a été trois mois dans la conciergerie , où , dans les moments d'impatience qui lui arrivent assez souvent, il écrivoit des lettres injurieuses, non-seulement à Mme sa femme , mais encore à tous ses alliés dont le secours lui étoit si nécessaire , et au président même de qui dépendoit toute sa fortune. Enfin il fut jugé à peu près comme on l' avoit cru. M. le président l'interrogea, et lui fit une très-belle réprimande, lui reprochant tous les dérèglements de sa vie passée, en des termes assez forts; il l'exhorta à s'amender, lui fit connoître que toute la cour étoit persuadée qu'il étoit coupable de toutes les accusations dont on le chargeoit ; que toutes les apparences étoient que les preuves avoient été écartées et les témoins corrompus;

qu'ainsi il devoit prendre garde pour l'avenir. Son arrêt porta qu'il payeroit 500 livres d'amende et qu'il seroit mis hors de procès. Il sortit fièrement de prison, s' attirant contre lui et contre les juges l'indignation de toute la province, qui étoit persuadée qu'il est un des plus criminels. Il y eut un des juges qui opina à une réparation considérable pour sa partie, à une plus ample information, et à lui donner cependant pour prison les chemins de Clermont à Paris. Mais il ne fut pas suivi. M. Talon avoit conclu au bannissement, à une grosse amende, et l'obligation de se défaire de sa charge. Mais on jugea bien, quand on vit M. de Novion président, qui est son allié, et M. de Vaurouy, rapporteur, qui est l'amant de sa belle-sœur, que cela lui vaudroit des lettres de grâce et d'abolition de tous ses crimes. Il est vrai qu'on n'a rien à imputer aux juges , qui ne fondent leurs arrêts que sur les preuves , et qui ne sont pas obligés de condamner sur la mauvaise réputation et sur la notoriété publique. Ceux qui croient savoir le secret, disent qu'il en a coûté beaucoup pour détourner les témoins, qui pouvoient être en assez grand nombre. Cette douceur n'a pas laissé de décrier un peu les Grands-Jours. Les amis de M. du Palais prétendent qu'il avoit été dans la même action que lui1, outre les autres qu'il avoit commises , et se plaignant de leur malheur et de la partialité des juges , et plusieurs autres qui craignent ses violences , étant d'avis qu'il falloit pour le moins avoir suivi les conclusions. Chardon menaçoit d'aller demander encore une fois justice au roi; mais il est trop tard de se plaindre après un jugement sur lequel on a pris toutes les précautions nécessaires , et où il paroît qu'on a fait des informations même plus exactes que dans les autres procès qu'on a jugés.

Environ ce temps 2, M. Le Peletier revenant de la haute

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