‹ Mémoires de Fléchier sur les grands-jours d'Auvergne en 1665Chapitre 57 sur 129 · Voy. ci-dessus, page · texte numérisé non relu

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2. « Le conseiller Le Peletier revint de sa mission le 13 janvier 1 666 : il était parti pour la haute Auvergne le 3 novembre 1665. »(Journal de Donyois.)

Sllt LES GRANDS-JOURS DE MÎGo. 247

Auvergne, et rapportant des informations intinies contre la noblesse qui réside dans les montagnes, demandoit instamment la continuation des Grands- Jours, et craignoit que toutes les recherches qu'il avoit faites avec tant de péril , dans une saison si incommode, fussent inutiles. Il est vrai qu'il avoit fait des actions qui marquent bien l'autorité absolue du roi dans son royaume et la terreur que la justice avoit imprimée dans l'esprit des peuples. On l'a vu lui seul troubler toute la contrée des montagnes ; faire reconnoître le droit où il n'avoit jamais été , et porter la crainte dans des lieux qui avoient toujours été inaccessibles à la justice. On l'a vu faire des violences innocentes où l'on en faisoit tant de criminelles ; entrer dans les châteaux les plus fortifiés; faire ouvrir les cabinets les plus secrets, et envoyer les plus tiers et les plus puissants de la province , sous la garde d'un exempt, à Glermont, pour rendre raison de leur conduite. Il envoya même les sieurs officiers du présidial de Saint-Flour, sous la conduite d'un prévôt , pour être examinés sur quelques affaires où ils ne s'étoient pas comportés assez généreusement. Les prisonniers arrivèrent , le prévôt vint rendre le paquet des lettres que M. Le Peletier écrivoit à M. Talon, lequel ayant lu la lettre où il y avoit des plaintes contre le prévôt même, le fit attendre quelque temps , et lui ordonna d'aller conduire ses prisonniers dans la conciergerie ; il les conduisit, les logea, et comme il fut à la porte pour sortir, le geôlier lui demanda son nom , et lui dit qu'il n'étoit pas nécessaire qu'il s'en allât; qu'il y avoit une place pour lui dans les prisons, et l'arrêta de la part du roi avec les autres1. Cette adresse ne parut pas assez géné-

1. Le Procès -verbal des conférences tenues pour l'examen des articles proposes pour la composition de l'ordonnance criminelle de 1670. sur l'article 12 . édit. de L'Isle , 1697 , in-4 , p. 25-29 , prouve que l'on était frappé à cette époque des abus commis par les prévôts des maréchaux. Ces juges d'épée, qui dataient du règne de François I". étaient spécialement chargés de faire le procès à tous les vagabonds et gens sans aveu et sans domicile. Le passage suivant du procès-verbal, que l'on vient de citer, atteste à quelle^

reuse, et quelques-uns qui la blâmoient, disoient que la justice ne devoit point agir avec ces détours ; qu'il ne falloit point donner du dégoût à ces personnes qui servent le roi très-utilement en ces occasions , et qui courent la campagne avec beaucoup d'incommodité; et la plupart des conseillers mêmes furent d'avis de le tirer de prison le lendemain; et dans le dessein qu'ils avoient de partir bientôt, résolurent de ne plus s'arrêter qu'aux grandes affaires. Mais M. Talon ne voulut point présenter sa requête pour son élargissement, ou pour ne démentir point sa sévérité ordinaire, ou pour ne donner point cette mortification à M. Le Peletier.

M. de Lévy \ lieutenant de roi dans la province de Bourbonnois, fut jugé, quelques jours après, avec assez de sévérité. Il y avoit deux chefs d'accusation contre lui, qui étoient assez importants , mais qui n'étoient pas tout à fait bien prouvés. Le premier étoit une violence exercée contre un prévôt qui étoit homme accoutumé à mille crimes, fort décrié dans la province, et qui, pendant les guerres civiles, avoit été fort redouté dans le pays. Il y eut contre lui plusieurs poursuites qui obligèrent le parlement à donner un

violences ils se livraient : « M. le premier président (Guillaume de Lamoignon) a dit que l'intention qu'on avoit, lorsqu'on a institué les prévôts

des maréchaux, étoit bonne; mais que la plupart de ces officiers sont

plus à craindre que les voleurs mêmes , et qu'on a reconnu , aux Grands- Jours de Clermont, que toutes les affaires criminelles les plus atroces avoient été éludées et couvertes par les mauvaises procédures des prévôts des maréchaux.... M. Talon a dit que.... comme ces officiers, ni leurs archers, n'ont point de gages pour subsister, il n'y a pas de malversations auxquelles ils ne se soient abandonnés. Ils ne font aucune fonction , s'ils n'espèrent en retirer de l'émolument; et toutes les oppressions, que peuvent commettre ou les voleurs ou les personnes puissantes qui s'engagent à mal faire, n'approchent point des concussions des prévôts des maréchaux et de leurs officiers subalternes. Cette vérité a été reconnue aux Grands-Jours de Clermont, où l'on a fait le procès à plusieurs officiers de la maréchaussée: mais l'on a été persuadé d'ailleurs qu'il n'y en avoit pas un seul dont la conduite fût innocente et exempte de reproche.... »

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