‹ Mémoires de Fléchier sur les grands-jours d'Auvergne en 1665Chapitre 65 sur 129 · Voy. cette lettre à Y Appendice a" XXXI · texte numérisé non relu

Voy. cette lettre à Y Appendice a" XXXI

pressés, ils ne se hâtoient pas assez au gré de la noblesse, et l'on peut dire qu'après tant d'affaires fâcheuses pour les uns et pour les autres, le calme parut grand et la joie générale. Ceux dont la commission avoit cessé étoient bien aises de s'en retourner à Paris. Ceux qui se sentoient peut-être encore criminels étoient ravis de les voir partir. Les uns alloient revoir leurs parents et leurs amis ; les autres alloient perdre de vue leurs juges. Ils concertoient déjà les réjouissances qu'on devoit faire, et je m'assure que quelques sujets qu'ils aient d'être modestes, leur carnaval sera sans doute fort réjoui. Ils ont des raisons qui semblent les y obliger. La première est qu'ils ont été durant cinq ou six mois dans une terreur et dans une contrainte continuelles ; ce qui les obligera de jouir des plaisirs de la liberté, et de chanter des cantiques de leur délivrance. La seconde est qu'ils prétendent réparer par leur débauche de cette année les pénitences qu'ils firent l'autre ; tous les divertissements ayant été interdits , et le carême avancé de plusieurs jours dans tout le diocèse par l'ordonnance de l'évèque. L'occasion de cette pénitence publique fut une profanation qui avoit jeté tout le monde dans une consternation étrange. Il y avoit un fou dans la ville qui paroissoit assez paisible, et dont la folie n'alloit pas jusqu'à la fureur ; aussi lui laissoit-on la liberté, d'autant plus qu'on le voyoit fort souvent auprès des autels , et que la piété qu'on remarquoit en lui faisoit croire qu'il étoit à plaindre et qu'il n'étoit pas à redouter. Mais on ne considéroit pas que tout est à craindre lorsqu'un esprit est déjà blessé. Sa piété lui troubla l'esprit, et s' étant imaginé que tous les prêtres qu'il voyoit célébrer étoient indignes de leur ministère, et que lui seul pouvoit s'en acquitter dignement, il n'assistoit à aucune messe qu'il n'en sortît avec un zèle amer, et avec une passion ardente ou de sacrifier à la place du prêtre, ou d'immoler le prêtre même aux pieds des autels. Enfin étant un jour dans l'église où l'aumônier de M. l'évèque disoit la messe et avoit déjà consacré, sa folie le

pressa si fort que, franchissant fort agilement le balustre qui entouroit l'autel, il se saisit du calice inopinément, et se croyant lui seul en état d'achever le sacrifice, il profana le plus sacré de nos mystères. Ce fut un scandale si grand , que toute la ville en fut consternée durant plusieurs jours. M. l'évêque ordonna des prières publiques : on exposa le saint sacrement dans les églises, pour donner moyen aux bonnes âmes de satisfaire par leurs adorations à l'injure qu'il avoit reçue. On fit des sermons sur cet accident pour animer le peuple à la ferveur, et tous les catholiques en furent aussi touchés , que les Israélites le furent autrefois lorsque l'arche étoit tombée entre les mains des Philistins. Et comme le malheur arriva dans le temps de carnaval, on jugea à propos de supprimer toutes les libertés que donnent la coutume et l'exemple dans cette saison, et chacun consentit à s'interdire tous les divertissements publics. Il y en eut qui pleurèrent la folie de ce misérable, d'autres regrettèrent de ne pouvoir pas être fous à leur façon , et furent pour le moins aussi surpris de la réparation qu'ils l'avoient été de la profanation passée. Ils représentèrent que c'étoit assez de faire pénitence dans la ville où l'on avoit commis le sacrilège ; que cette action ne pouvoit jamais être assez punie; mais qu'après tout c'étoit un coup de folie et non pas de malice ou d'impiété; que le carême étoit assez long sans en faire un nouveau du carnaval , et qu'il falloit laisser ces austérités à la dévotion de ceux qui sont retirés du monde. Par ces raisons , ils se réservèrent le droit d'aller aux assemblées de Riom, et s'exilèrent volontairement de leur pays autant de temps que la licence en fut exilée. Cette année , ils se disposent à se débaucher, et parce qu'il n'est point arrivé de scandale , ils sont tout prêts à en faire euxmêmes.

Nous laissâmes ces messieurs dans leurs belles résolutions, et nous partîmes de Clermont le quatrième jour de février, pour nous rendre à Paris au plus tôt. Rien ne fut

nouveau pour nous dans toute cette route, que le canal de Briare, que nous n'avions vu qu'en passant, et qui méritoit pourtant d'être bien considéré comme un ouvrage de grand travail et de grande commodité pour le commerce. Il conduit environ dix lieues des eaux ramassées , qui , par la rivière de Loing, joignent la Loire avec la Seine, et donnent aux bateaux la communication de l'une et de l'autre rivière. 11 étoit difficile de surmonter deux difficultés qui se rencontroient dans l'exécution de ce dessein : il falloit recueillir toutes les sources voisines, et ménager si bien tous les moindres filets d'eau, qu'il y eût de quoi fournir un large canal, et faire un cours de six à sept lieues. Il falloit encore faire monter les bateaux chargés de la Loire, dont le lit est fort bas, à la rivière de Loing, qui est fort élevée. Il fut aisé de vaincre la première, en ramassant des montagnes d'alentour des eaux inutiles , qui se perdoient dans la campagne. Pour la deuxième , il a été nécessaire de faire des écluses qu'on ouvre et qu'on ferme, et où l'on baisse ou l'on grossit les eaux pour faire que les bateaux en montent ou descendent. Elles sont au nombre de quarante-trois , comme autant de degrés pour les élever insensiblement, et les faire passer jusque dans la Seine. C'est une chose admirable de voir comme le travail et l'art forcent la nature, et comme l'adresse des hommes se joue des éléments, faisant des rivières où il n'y en a point, pour en joindre deux fort éloignées. La plupart de Messieurs des Grands-Jours , qui s'y trouvèrent en même temps, et plusieurs dames qui étoient de leur compagnie et qui avoient la même curiosité , s'étoient rendus au bord du canal, pour voir descendre et monter les bateaux, et pour considérer toutes les machines qu'on faisoit jouer pour les divertir. Pendant qu'on étoit occupé à donner ce divertissement aux dames, et qu'on réitéroit souvent les mêmes choses, je me promenois sur le bord de l'eau , détaché de toute la conversation et en m'entretenant avec moi-même, lorsqu'un homme, avec qui j'avois lié à

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Clermont quelques commencements d'amitié, et que j'estimois beaucoup pour sa vertu et pour la connoissance qu'il a des belles-lettres, me fit signe qu'il vouloit être de ma promenade. Je crus qu'une conversation grave et utile comme la sienne vaudroit toujours mieux que mes rêveries ; je l'attendis, et m'avançai même quelques pas vers lui, pour lui témoigner l'impatience que j'avois de le joindre. A peine fut-il arrivé à moi, que radoucissant un peu son air sérieux : « Je crains bien, me dit-il, que votre solitude ne soit pas sans dessein, et que je n'interrompe par ma satisfaction présente des pensées que vous pourrez un jour peut-être rendre publiques ; mais, dussé-je vous ôter quelques-uns de vos précieux moments et troubler votre entretien secret avec vos muses, souffrez que je jouisse de la consolation d'être une demi-heure avec vous, après en avoir été longtemps empêché par le grand nombre d'affaires, et que je me répare de mes pertes passées à vos dépens. » Je répondis à son compliment avec toute la civilité qui me fut possible, et je lui témoignai qu'on ne pouvoit que gagner avec lui , et qu'il n'avoit qu'à perdre avec moi ; que je ne pouvois espérer d'avoir de belles pensées que celles que son entretien m'inspireroit, et que je ne trouvois rien de si obligeant que la bonne opinion qu'il avoit de moi, et l'honneur qu'il me faisoit de vouloir être de ma promenade. Après ces premières civilités qu'on se rend lorsqu'on a de l'estime l'un pour l'autre, et qu'on n'en est pas encore à cette familiarité que la tendre amitié donne, nous parlâmes d'abord de plusieurs nouvelles indifférentes, et comme je sais qu'il est homme à juger des choses et à en parler sans déguisement, et qu'il joint avec beaucoup de sagesse beaucoup de sincérité et un peu même de critique, je le jetai sur le discours des Grands- Jours, et lui demandai son sentiment sur le général et sur le particulier de la justice qu'on y avoit rendue. « H est vrai, me dit-il, et vous le savez aussi bien que moi, que l'Auver- -iiip étoit une province bien déréglée, et que l'éloignement

de la justice souveraine, la foiblesse des justices subalternes, la commodité de la retraite dans les montagnes, et peut-être l'exemple ou le mauvais naturel de quelques-uns, avoient donné courage à la plupart des gentilshommes de faire les tyrans et d'opprimer les peuples. Ce qui nous a paru par plus de douze mille plaintes qu'on a rendues , et par la fuite presque générale de toute la noblesse du pays. Ce n'est pas que les paysans ne soient fort méchants et fort portés à décrier leurs seigneurs , lorsqu'on les appuie , et qu'ils ne se soient plaints bien souvent légèrement et quelquefois même avec injustice. On en peut juger par l'action de quelquesuns du Forez, qui, après avoir fait la débauche, conspirèrent de faire couper la tête à quelqu'un de leurs meilleurs gentilshommes, et ayant tiré au sort M. de Marlay, qui étoit un homme irréprochable, allèrent tenter sa patience par des insolences extraordinaires , pour l'obliger à leur donner quelque fondement de plainte. Mais s'il y en avoit quelques insolents, il y en avoit bien de misérables ; et l'on ne sauroit assez louer la prudence et la piété du roi de s'être rendu le protecteur des opprimés , d'avoir rétabli l'ordre et l'autorité de la justice, et d'avoir fait des gens de bien dans une province où l'on faisoit gloire d'être coupable. Il ne faut pas douter qu'il n'en revienne de grands profits. Les restitutions que la crainte a fait faire sont déjà considérables. La terreur et la sévérité qu'on a exercées contre quelques-uns arrêteront au moins pour quelque temps les violences et les injustices manifestes. Les juges des lieux auront repris un peu de courage , et ceux qui souffriront quelque oppression seront plus hardis à se plaindre, depuis qu'ils voient qu'on les a déjà écoutés; et ce que je trouve de plus important, c'est que les gens de bien ne seront plus si ridicules aux yeux des autres. On leur reprochoit continuellement qu'ils ne savoient point se faire [craindre] et qu'ils n'avoient point l'adresse de devenir riches. Leur bonté passoit pour foiblesse, et c'étoit être esclaves à leur avis que de n'être pas

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tyrans comme eux. Ces reproches pervertissoient plusieurs esprits qui n'étoient pas assez fermes, et les crimes s'étoient si fort établis qu'on avoit honte d'être homme de bien. On sera désabusé de ces maximes , que l'impunité avoit introduites, et l'expérience qu'on aura du plaisir d'avoir bien vécu, fortifiera ceux qui sont en état de bien vivre. Ce qui est à craindre, c'est que les règlements d'une justice passagère ne soient pas fort bien observés; que l'espérance qu'on a de ne voir qu'une fois en sa vie les Grands-Jours ne les rejette dans leur première confiance; que le ressentiment qu'ils auront contre ceux qui les auront déférés ne les porte à leurs violences ordinaires, et que la crainte qu'ils auront à l'avenir d'être punis ne leur fasse pas éviter les crimes, mais leur fasse chercher des précautions et des sûretés. Je leur ai ouï dire qu'ils ne s'amuseroient plus à des accommodements civils, et qu'ils feroient un peu plus de cas des informations et des greffes; que M. de La Mothe ne seroit pas mort, s'il avoit eu l'adresse de se justifier, et qu'ils vouloient faire apprendre les lois à leurs enfants , et les faire instruire sur les matières criminelles, afin qu'ils fussent en état de répondre à des juges, et de défendre leur vie aux premiers Grands-Jours. Il ne s'en est jamais tenu qui aient été si autorisés que ceux-ci. Ils ont été assemblés dans une province où le nombre des criminels étoit grand ; ils n'ont point eu besoin de troupes pour leur sûreté, ni pour l'exécution de leurs arrêts. Leur pouvoir a été très-étendu, et leur commission très-ample ; il s'y est même pratiqué deux ou trois choses assez extraordinaires, qui n'auroient pas peut-être été pratiquées pendant un règne moins absolu. La première est le rasement des maisons dans quinze jours pour les causes de contumace, au lieu que l'ordonnance donne cinq ans, et que toutes les règles de la jurisprudence accordent un terme assez long pour donner lieu aux accusés de se justifier, et pour donner quelques bornes à la puissance des ministres et dos favoris, qui, pour des passions particu-

lières, pourroient ruiner dans quinze jours les plus grandes familles du royaume. Ce fut la raison qu'en apporta autrefois au parlement un président qui étoit en grande réputation , et qui fut exilé pour avoir parlé trop librement des ministres, dans un temps où le ministère étoit très-puissant et très-affermi. La deuxième est la révocation de toutes les lettres d'abolition ou de grâce dans vingt ans, et la représentation qu'il en a fallu faire au procureur général, ce qui n'eût pas passé si doucement sous un chancelier un peu rigoureux; et la troisième est la révision des jugements par contumace avec augmentation des amendes , et autres formes qui ne sont pas usitées dans le palais » Il s'arrêta un peu en cet endroit, et après m' avoir donné le temps de raisonner sur les réflexions qu'il venoit de faire, et d'approuver ses sentiments , il continua ainsi : « Pour ce qui regarde la personne et la conduite de ceux qui composoient ce petit sénat , il faut avouer que le choix que le roi en avoit fait marque bien son discernement et sa prudence, et qu'ils ont bien soutenu ce choix par l'assiduité et la fidélité qu'ils ont témoignées dans leur emploi. Quelques-uns ont voulu dire qu'ils s'étoient un peu trop endormis au commencement , et qu'ils avoient laissé languir leur commission , soit en s'amusant à des audiences et à des affaires très-légères, soit en différant d'envoyer des commissaires, soit en refusant de s'assembler deux fois le jour; d'où il est arrivé que quelque peine qu'ils aient prise sur la fin , ils ont laissé beaucoup d'affaires imparfaites. Mais ils ne considèrent pas que les esprits ne s'échauffent pas d'abord, et que les causes ne sont en état d'être jugées qu'après les procédures et les instructions; que M. Talon, ne voyant point de grandes affaires, et craignant de manquer de matière, recevoit toutes sortes de plaintes civiles ; que la santé de M. de Novion ne lui permettoit pas de présider deux fois le jour, et qu'il n' étoit pas expédient que l'assemblée se tînt sans lui , à cause de diverses prétentions sur la présidence , et qu'enfin

il étoit difficile de courir dans cette région de montagnes , dans la plus triste et la plus incommode saison de l'année. Je ne saurois non plus souffrir ceux qui les blâment d'avoir été au commencement trop sévères, et trop relâchés à la fin, et qui disent qu'ils n'ont fait que condamner un homme qui, dans une autre justice, auroit passé pour innocent, et en sauver plusieurs qui auroient été coupables et dignes de mort à la Tournelle. Mais ils ne prennent pas garde qu'il falloit faire un exemple d'éclat, et que M. de La Mothe étoit assez criminel pour être cette première victime de rigueur, après laquelle il falloit travailler avec un peu plus de douceur à remettre la discipline. La première intention de la justice n'est pas de punir; c'est de corriger. Elle voudroit pouvoir être utile sans être cruelle , et réduire l'esprit sans détruire le corps des coupables ; elle porte une épée pour menacer, et ne frappe qu'avec répugnance ; elle seroit bien aise de réprimer les passions , sans être obligée de les retrancher avec violence , et , ne prétendant que la conversion et non pas la mort des criminels, elle épargne le sang autant qu'elle peut, et tache d'introduire les bonnes mœurs, plutôt par une autorité de raison que par un pouvoir violent. Aussi ne doit-on point imputer aux juges d'être trop doux, après qu'ils ont fait quelque grand coup de sévérité , puisqu'ils sont' les dépositaires de la clémence du prince, aussi bien que de son autorité et de sa justice. Voilà pour ce qui concerne la conduite de ces Messieurs en général. On a dit qu'ils n'avoient pas tous les mêmes intentions; que les uns n'étoient que pour la cour, les autres pour la justice, et les troisièmes pour l'une et pour l'autre, ménageant et leur honneur et leurs intérêts ; mais c'étoit un bon mot de quelque politique de province, dont je n'ai pu faire l'application pour la conduite de quelques particuliers. Je vous avouerai que je l'ai souvent observé, et je vous dirai confidemment ce que j'en ai remarqué.

M de Novion, qui tenoit lo premier rang dans cette

compagnie, s'est acquitté de son emploi avec beaucoup de soin et d'attachement, négligeant même sa santé pour ne manquer point aux exercices de sa charge. On s'étonna d'abord que le roi l'eût choisi pour chef de cette commission, lui qui avoit des intérêts à ménager dans ce pays-là, et qui pouvoit y trouver des gentilshommes et des gens d'affaires qui étoient entrés dans son alliance; et l'on crut bien qu'il avoit des droits secrets d'acceptation, et que la justice n'auroit pas un bandeau si fort qu'elle ne pût distinguer au travers ses parents et ses alliés. Le premier ordre qu'il donna fut celui d'arrêter La Mothe de Canillac, voulant faire tomber l'exemple sur ce misérable, et laissant échapper, à ce qu'on croit, Beaufort-Canillac, qui étoit plus criminel et moins aimé, parce qu'il craignoit que le comte de Canillac, qui est dans l'alliance des Ribeyre, ne fût compris dans les mêmes accusations, et que l'autre étant condamné ne le déférât comme son complice. Il fit paroître au commencement toute cette fierté qui lui est naturelle, répondant aux sollicitations que lui faisoient les dames de la première qualité de la province avec une sévérité qui paroissoit une dureté affectée, y mêlant quelquefois des termes d'un certain style enjoué, qui sont des façons de parler qu'il a, et qui semblent être des railleries piquantes. Il en avoit usé ainsi avec Mme la comtesse d'Apchier, qui avoit autrefois traité de petites bourgeoises les sœurs de M. son gendre, Dieu punissant une fierté par une autre. Mme la marquise de Canillac n'en fut pas quitte à meilleur marché, et toutes les conversations qu'elles eurent avec lui ne furent pas de grande consolation pour elles. On sait bien qu'il y a une gravité qui sied bien à un juge; mais il faut qu'elle ne soit point farouche, et qu'elle laisse voir un rayon de pitié pour les affligés, en montrant du zèle et de la justice contre les coupables. Il sembla sur la fin vouloir gagner l'amitié de la noblesse, et se radoucit extrêmement avec ceux qui s' étoient rassurés et qui lui faisoient la cour. Ne vous souvenez-vous point de ce

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théâtre, dressé dans la salle où il tenoit la comédie à Mines ses filles, qui avoit toute la mine d'un échafaud, et dont l'aspect faisoit trembler tous ceux qui venoient le solliciter? Ne l'avez-vous pas vu donner le bal et des fêtes à grand bruit, en un temps où tout le peuple regrettait la mort de M. de Canillac, et où il venoit presque lui-même de le condamner? Trouviez-vous qu'il fût fort séant à un homme grave d'être presque toujours habillé de court hors du palais, peut-être pour faire mieux paroître son Saint- Esprit; de courir les bals avec Mmes de Ribeyre et Tubœuf ses filles, de les caresser continuellement, leur baisant la bouche et les dents, ou devant tout le monde leur disant des fleurettes que les grandes passions font dire, et qui seroient plus propres pour un amant ou pour un mari que pour un père? N'avez-vous pas ri de ce repas où l'on chantoit des chansons à boire, et où les dieux de province crioient à table: Xovion! lui qu'on appeloit Monseigneur1? Que ditesvous du billet des Combalibœuf? des noces de M. de Yaurouy, du troc de ses chevaux contre ceux de M. de Saillans? Que n'a-t-on pas dit de lui sur le sujet du comte de Canillac, son allié, un des plus coupables de la noblesse, qui est sorti de toutes ces méchantes affaires, pour quelque temps de prison et une amende très-légère? Que pensez-vous de cette remontrance affectée qu'il lui fit lorsqu'il se présenta pour répondre à ses juges? Falloit-il, à votre avis, qu'il employât son autorité pour faire décharger de la taille de la ville M. de Yinzelles, son allié*? El n'avez-vous pas admiré sa froideur avec le premier président de la cour des aides, sur le sujet de Mme Tubœuf? » Il alloit me raconter là-dessus toutes les histoires qu'il en savoit, mais je lui témoignai que j'étois informé de tout ce qu'on avoit dit, et pour adoucir

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