‹ Mémoires de Fléchier sur les grands-jours d'Auvergne en 1665Chapitre 68 sur 129 · Ibidem , fol. 49 verso · texte numérisé non relu

Ibidem , fol. 49 verso

Henri II, et plus tard Catherine de Médicis et le chaneelier de L'Hôpital, eurent souvent recours dans le même but à cette juridiction extraordinaire. Sous Henri II, les Grands-Jours furent tenus à Tours (1547) et à Moulins (1550' ; sous Charles IX, à Poitiers (1567), lorsque l'ordonnance de Moulins eut réformé toutes les lois du royaume ; sous Henri III, à Poitiers (1579) et à Clermont-Ferrand (1582). A la suite des guerres de religion, Henri II envoya des commissaires des Grands-Jours à Lyon , en 1596. On remarque, entre autres détails, dans le procèsverbal de cette dernière assemblée, la défense faite à tous les gentilshommes de haute et basse Auvergne d'exiger de leurs vassaux plus que ne portaient les papiers-terriers rédigés avant le 1er janvier 1429 '.

A mesure que l'ordre et l'autorité monarchique s'affermirent en France, l'exécution des lois devint plus facile et on recourut de moins en moins aux Grands-Jours. On n'en trouve que peu d'exemples au xvue siècle. Ils furent tenus à Poitiers, en 1634, après les troubles religieux et politiques qui avaient agité plusieurs provinces du centre et du midi de la France. Ils y siégèrent pendant quatre mois, sous la présidence du chancelier Pierre Séguier ; le greffier, Gilles Boileau, père de Despréaux, en a rédigé le procès-verbal, qui est conservé aux archives de l'Empire. La Fronde , dernière tentative des grands pour ressaisir l'indépendance anarchique que lui avait enlevée le cardinal de Richelieu , rendit encore nécessaire la tenue des Grands-Jours. La royauté , après avoir remporté une victoire définitive sur l'anarchie féodale, la poursuivit dans les lointains asiles où elle s'abritait, et alla saisir jusqu'au fond de l'Auvergne les petits tyrans qui opprimaient les campagnes.

L'état de cette province appelait surtout une énergique répression. « Les désordres sont si fréquents en Auvergne, écrivait-on à Colbert en 1661 2, et se commettent si ouvertement par toutes sortes de gens, que j'ai cru être de mon devoir de vous avertir que tout le monde et particulièrement les officiers, chacun en son ressort, couvrent les coupables au lieu de les punir. » Viennent ensuite des faits en grand nombre à l'appui de cette assertion, duels, meurtres, violences

1 . Arclriv. (le l'Empire, sect. jud. . reg. U. n° 130. fol. 60 recto.

2. Correspondance administrative sous Louis XIV. t. II. p. 9, 10.

NOTICE si 11 LES GRANDS-JOURS. 309

d'un seigneur qui exige que le juge d'un de ses domaines brûle les procédures qu'il avait entamées contre des coupables. La terreur inspirée par les grands criminels était telle , qu'on n'aurait osé les dénoncer ouvertement. « Beaucoup d'honnêtes gens, ajoute le correspondant de Colbert1, vous auront obligation, s'il vous plaît d'informer le roi de cette affaire, et de faire en sorte que cette lettre ne soit pas connue à cause du seigneur qui est à craindre. »

Le gouverneur d'Auvergne , duc de Bouillon , protégeait les coupables signalés par les attentats les plus odieux, a Je vois, écrivait l'intendant Pomereuil à Colbert2, je vois que depuis quelque temps M. le duc de Bouillon, gouverneur de cette province, s'intéresse fort pour le sieur de Massiac d'Espinchal, que tout le monde sait être noirci de crimes3. Tous les gentilshommes du pays publient que le duc de Bouillon intercède auprès du roi pour obtenir sa grâce, et je sais même que les agents de mondit sieur de Bouillon ont, depuis six semaines à peu près, accompagné d'Espinchal jusqu'auprès de sa terre de Massiac pour vérifier de certains faits qu'il avoit avancés pour sa justification. Il étoit lors à la tète de quarante chevaux et je fus scandalisé de cette fanfaronnerie ; mais ce qui m'a le plus surpris est que, depuis quinze jours, il est arrivé en Auvergne un exempt4 de la prévôté de l'hôtel5 avec cinq ou six gardes qui m'ont montré un arrêt du conseil pour saisir et enlever tous les revenus de d'Espinchal dans toutes ses terres, en exécution des sentences de mort contre lui rendues, et outre cela un ordre du roi pour le prendre, si faire se peut, et le constituer prisonnier. Dans ce même temps, M. de Bouillon a écrit une lettre aux habitants de Massiac et leur mande de garder les revenus de leur seigneur ; qu'il les en rend responsables, et qu'à son arrivée il leur en fera rendre compte.

« Cette contrariété des ordres du roi, d'une part, et de ce qu'écrit d'une autre le gouverneur de la province, m'a fait ré-

t. Correspondance administrative sous Louis XIV . t. II. p. 10.

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