‹ Mémoires de Fléchier sur les grands-jours d'Auvergne en 1665Chapitre 67 sur 129 · Partie II. fol. 263 verso · texte numérisé non relu

Partie II. fol. 263 verso

avoit sergent (huissier) qui osât mettre à exécution leurs mandements , pour les grands et énormes excès qu'on leur faisoit, et à leurs records et témoins. Le roi ordonna, au mois de. juillet 1531, que les Grands-Jours de Poitou seroient tenus, en la ville de Poitiers , par aucuns de Messieurs du parlement de Paris, èsquels Grands- Jours sont compris les pays d'Anjou, Touraine, le Maine, Aunis, Angoumois et la Marche. Pour punir lesdits crimes et délits , et aussi pour vider les appellations verbales de quatre ou cinq années qui étoient encore indécises, il fut ordonné qu'ils commenceroient le premier jour de septembre ensuivant et finiroient le dernier jour d'octobre. Pour mettre à exécution leurs arrêts contre les criminels, le roi envoya avec eux le seigneur de Chandieu, grand prévôt des maréchaux, accompagné de trois ou quatre cents hommes. Pendant ces deux mois, ils vidèrent plus de cinq cents appellations verbales et firent de grandes punitions de criminels, dont aucuns étoient gentilhommes, atteints et convaincus de port d'armes , sacrilèges , ravissements de bien et rébellion à justice; dont furent décapités à Poitiers environ douze ou treize , et un pauvre malheureux hérétique de Loudun brûlé. Aussi furent aucunes maisons de gentilhommes ruinées pour avoir été rebelles à justice. »

Deux ans après (10 septembre-10 novembre 1533), les Grands- Jours se tinrent à Tours pour les provinces de Poitou, Maine, Angoumois, Berry, haute et basse Marche, la Rochelle, etc. « Il y eut beaucoup de gentilhommes décapités , dit un extrait du procès-verbal1, pour avoir tué des sergents (huissiers), et leurs maisons furent rasées et démolies. Il y en eut aussi plusieurs de condamnés à mort par contumace , et leurs maisons furent également rasées. » On trancha la tête au prévôt des maréchaux de Thouars pour avoir fait mettre à mort un de ses justiciables sans preuves suffisantes. Un gentilhomme fut condamné à faire amende honorable et à payer quatre cents livres de réparation envers deux de ses tenanciers pour leur avoir fait donner les étrivières. Il fut privé de tout droit de justice et les tenanciers dégagés des obligations féodales et des rentes foncières qu'ils lui dévoient -.

1. Archiv. de l'Empire, sect. jud. , reg. U, nu 130, fol. 42 verso. 1. Ibidem.

En 1534, nouvelles assises à Moulins, capitale du Bourbonnais. Cette province, l'Auvergne, la Marche et d'autres contrées voisines, avaient été réunies depuis peu de temps au domaine de la couronne, et la révolte du connétable de Bourbon, qui en avait été le dernier seigneur féodal, y avait semé des germes de discorde qu'il fallait étouffer. Aussi les commissaires des Grands-Jours se montrèrent-ils sévères à l'égard des seigneurs coupables d'actes de rébellion envers l'autorité royale. « Un gentilhomme, nommé Du Pont, fut condamné à faire amende honorable, eut le poing coupé et fut banni à, perpétuité pour avoir frappé un sergent, qui avoit donné un exploit à son père et à son frère'. »

Les Grands-Jours de Troyes (1535), d'Angers (1539), de Moulins (1540), de Poitiers (1541), et de Riom (1547), montrèrent la même sévérité. Les commissaires siégeant à Riom sévirent contre l'hérésie qui commençait à se propager en France. « Il intervint plusieurs condamnations, dit le journal que j'ai déjà cité2, contre des personnes accusées de propos scandaleux et erronés, entre autres une fille de Moulins fut condamnée d'assister à une messe paroissiale, durant laquelle il fut dit qu'elle seroit à genoux tenant entre ses mains un cierge qu'elle porteroit à l'offrande ; qu'à l'issue de la messe elle seroit menée devant la principale porte de l'église, et y feroit amende honorable à deux genoux, une torche ardente à la main, et déclareroit à haute voix que témérairement et indiscrètement elle avoit proféré les paroles mentionnées au procès contre l'honneur de Dieu, les saints et son église, et ensuite seroit enfermée en une tour des murailles de la ville pendant cinq ans. »

La fréquente tenue des Grands-Jours sous François Ier ne s'explique pas seulement par la nécessité de réprimer les actes criminels de quelques seigneurs et par les désordres des provinces. Le roi qui, sous l'influence de plusieurs des jurisconsultes éminents de cette époque, venait de réformer le droit civil et criminel, voulait faire passer dans la pratique et appliquer dans toute la France les principes des grandes ordonnances de Crémieu et de Villers-Cotterets. Son successeur

1. Archiv. de l'Empire, sect. jud., reg. U. n° l?.0. fol. 43 et 44.

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