‹ Mémoires de Fléchier sur les grands-jours d'Auvergne en 1665Chapitre 97 sur 129 · Extrait du Journal de Dongois · texte numérisé non relu

Extrait du Journal de Dongois

AFFAIRE DES SIEURS Dl PALAIS.

dont il évita aussi le coup, les balles ayant donné dans la porte d'une allée où il s'étoit détourné à la faveur de la nuit. Le sieur de Chalmazel rendit plainte de cette violence au lieutenant criminel de Montbrison ; il obtint décret de prise de corps contre ces quatre valets ; il le mit entre les mains d'un huissier du bailliage du Beaujolois, lequel se chargea de l'exécuter et do faire la perquisition des valets du sieur du Palais.

L'huissier et six archers des records vinrent, le 25 septembre 1656, avec leurs casaques, dans le château du Palais, où étoient ces valets qui avoient suivi publiquement les sieurs du Palais père et fils depuis l'action ; mais ils ne parurent pas plutôt à l'entrée de la cour du château, qu'ils furent attaqués par les sieurs du Palais , accompagnés de beaucoup de noblesse d'Auvergne, dont ils sont alliés, et à la tète de trente ou quarante personnes armées d'épées et de pistolets qui leur en tirèrent quelques coups, de sorte qu'ils eurent assez de peine à se sauver à Feurs, dont les portes leur ayant été fermées par l'ordre des sieurs du Palais, ils gagnèrent à toute bride Saint- Martin de l'Estrac, éloigné de deux grandes lieues de Feurs, où étant arrivés assez tard ils se logèrent à l'image de Saint- Georges, où ils se couchèrent. Les sieurs du Palais, qui avoient envoyé partout pour être avertis du Heu où se retireroient ces sergents, surent bientôt où ils étoient, et, sur le minuit, le sieur du Palais fils, à la tète de trente ou quarante cavaliers armés de pistolets et de mousquetons, arriva à Saint-Martin, où s'étant saisi des portes de l'hôtellerie, lui et huit ou dix de ses cavaliers montèrent aux chambres où dormoient paisiblement les sergents, et dont les portes ne fermoient qu'à des loquets et s'ouvroient par le dehors. A peine ces pauvres gens s'étoientils éveillés et mis à genoux sur leurs lits pour crier miséricorde, que deux furent tués sur-le-champ et un troisième blessé à mort ; deux autres ayant été moins pressés se jetèrent par les fenêtres tout nus et les deux autres furent saisis et liés ainsi nus en chemise, sur leurs propres chevaux, et menés toute la nuit vers le château du Palais, d'où ils furent renvoyés après plusieurs mauvais traitements.

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