‹ Mémoires de Fleury de la Comédie française (volume 2)Chapitre 106 sur 279 · CHAPITRE XVH · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVH

autre parole , et ne parle ni n'agit. Le roi répète la même phrase en haussant la voix et de la manière la plus impéralive. Lehel sort.

Mais son embarras redouble; une fois dehors , que l'aire? ne voulant rien résoudre par lui-même, il court chez le cardidal de Fleury qui clait couché; on réveille ce premier minisire. Lehel lui raconte ce qui vient de se passer , et demande à la pieuse Eminence ce qu'il doit faire sur la femme quelconque que le roi veut absolument.

Ce n'était guère affaire cardinale, mais cela pouvait devenir affaire d'état; cependant le ministre, plus embarrassé que le valet de chambre , déclina sa compétence : il laissa à Lehel le soin de se conduire comme sa prudence le lui suggérerait; celui-ci retourna chez le roi, donnant à Sa Majesté l'assurance qu'il n'avait pu trouver aucune femme.

Louis XV avait pris sa résolution définitive; voulant, celle soirée même , en finir avec sa vertu, il fit une scène à Lehel, l'appela maladroit (il le lut moins depuis), lui dit que rien n'était plus facile que de trouver des femmes : — Allez à l'instant , ajouta-t-il, dans les galeries, frappez où vous verrez de la lumière, et dites à la femme que vous trouverez, que je désire lui parler. Lehel, craignant de perdre sa place , obéit.

Il alla dans les galeries, s'arrêta à celle de la Chapelle, il y connaissait une femme de chambre (on m'a dit, je crois , qu'elle appartenait à la princesse de Rohan). Cette fille avait une réputation de sagesse qui allait aux vues de Lebel , et, bien qu'elle possédât tout l'attrait qui pouvait faire désirer de pousser jusqu'au bout l'aventure, il pensa qu'un entretien sans conséquence pourrait avoir lieu. Quoi qu'il en soit, il amena la pauvre enfant dans son appartement, sous couleur de lui parler d'une affaire importante; il lui parla en effet , et sans doute la décida ; car une demiheure après, le prince recevait dans l'alcôve royale la plus jolie blonde qui se pût voir.

Et quelques mois après, la jeune fille fut mariée très-

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avantageusement, apportant en dot à son mari, une somme très-ronde et une femme à l'avenant de la somme, et encore quelques mois après, naquit Dorvigny le Dauphin.

Notre Dorvigny à nous, que nous voulions opposer à la redoutable phalange des ailleurs, nous fournit une œuvre intitulée : les Noces houzardes ; non pas de son plein gré , car il regardait les boulevards comme sa patrie et le lieu de si gloire, et peut-être aurait-il volontiers renouvelé avec nous la scène de fierté de Volange avec la Comcdiellalieimc; mais la pièce des Noces houzardes avait été reçue au théâtre de l'Ecluse, et la Comédie-Française, d'après son privilège de passer en revue les nouveautés du boulevard et de, les confisquer à son profit , si elle les jugeait dignes d'être jouées sur le premier théâtre de la nation, vainquit , la loi à la main , les répugnances du poète; il fut siffle; par suite de l'opération , mais au moins ce fut dans le véritable temple de Thalie.

Quaut au public, il ne s'en prit point à l'auteur; il blâma les comédiens : le public avait tort. Pourquoi les comédiens n'auraieiil-i.'s pas pensé qu'il est des œmres de toutes façons; que jadis noire théâtre était descendu souvent de cette dignité empesée qu'on lui imposait maintenant; que les Vendanges des procureurs , où Préville était si vrai; le Charivari, où nos comiques se distinguaient, n'étaient autre chose que des farces au-dessous même des Noces houzardes ; que d'ailleurs, relativement à cette dernière , on avait bien pu ne pas se montrer trop sévère : était-ce autre chose qu'une comédie sans importance, eu prose , composée à l'occasion du carnaval ?

En conséquence de ces raisons , qui sont certes bonnes, et de la pénurie d'autres ouvrages, la Comédie-Française n'en démordit pas et ne devait pas en démordre, elle continua à jouer l'œuvre de Dorvigny , elle la lit soutenir par les matadors de la troupe; l'auteur lit d'ailleurs d'heureuses corrections à sa pièce et l'action eu eut plus de nerf.

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