‹ Mémoires de Fleury de la Comédie française (volume 2)Chapitre 107 sur 279 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

Le public, toujours plus nombreux , ne vint plus boucler contre son plaisir, et les Noces houzardes , jouées avec verve et gaîié, étaient chaque soir vivement applaudies.

A la (in de celte déplorable année théâtrale, et pour comble de maux, la Comédie Française fit en acteurs deux pertes sensibles et point d'acquisitions. D'abord, mademoiselle Hus renonça au théâtre. Jouer pendant vingtsept ans les rôles d'amoureuses et les soutenir par un air de jeunesse et par toutes les grâces d'une coquetterie séduisante , ce n'était pas tout-à-fait maladroit de la part de cette actrice. La gentille Agnès devint prosaïquement Mme Lelièvre, mais elle fut heureuse et lit le bonheur d'un honnête homme. Sa retraite donna occasion de révéler sa charité. Emule île M1Ie Guimard en bienfaisance, sans avoir eu , comme cette fameuse danseuse , un poète pour la chanter, on trouva que, dans un hiver rigoureux, elle lit distribuer jusqu'à 600 livres de pain aux ouvriers que la dureté de la saison empêchait de gagner leur vie.

Madame Drouiu, ma vieille amie, se retira aussi; et pour elle, il faut bien le dire, il était temps. Reçue en 1742, elle avait trente-huit ans de service. 11 est vrai que presque tous scs rôles de charge n'acquéraient que plus de mérite et de vérité avec l'âge. Elle se montrait d'ailleurs d'une grande complaisance à jouer tout ce qu'on voulait et aussi souvent qu'on voulait. Remplie d'esprit , de goût et d'intelligence , elle était pins propre encore à former des actrices qu'à l'ê Ire; aussi, depuis quelques années , présidait-elle aux comédies de Mn>e Montesson. Ce fut même pour se livrer plus particulièrement à l'instruction de la troupe illustre de la Chaussée-d'Antiti, qu'elle renonça à la pratique du théâtre.

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