‹ Mémoires de Fleury de la Comédie française (volume 2)Chapitre 112 sur 279 · CHAPITRE XVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII

n'est qu'au village, » — Vous chauliez ce morceau délicieusement , Caillot , dit le marc'chal. — Oh ! ne pourrionsnous pas l'entendre? s'écria Mnie de Rousse avec vivacité. — Oui ! oui , et je vous accompagnerai, dit à son tour l'illustre chevalière de Malte.

Le duc de Richelieu les interrompit avec action.

— Mesdames ! Mesdames ! Caillot n'est pas ici pour nous ! il y est pour lui ; les artistes ne paient point leur c'eot chez moi. Je suis Irop heureux de les recevoir, Caillot ne vient pas nous distraire , il vient s'amuser ; s'amuser, entendezvous ! Cependant, si vous tenez à l'ariette , ajouta-t il en se tournant vers Mme de Rousse , et prenant un air mi-aimable, mi-ironique, j'ai delà voix, je vais vous la chanter... Allons, chère Mme de Wasser , accompagnez-moi: — Ce n'est qu'ici , non ce n'est qu'au village...

Il y eut un éclat de rire général; la voix du duc si agréablement timbrée quand il parlait , avait dans le chant une sorte de fausset, qui ressemblait assez aux plaintes d'un chat malade. Ces dames lui demandèrent grâce, il l'accorda , et fut embrasser les jolies lèvres dcM,ne de Rousse pour lui faire faire pénitence; lady Mantz tendait la tète dans le but évident de se soumettre aussi : le maréchal ne lui baisa que la main , ce fut dommage, elle était résignée.

— Je vois, dit M. de Richelieu , après celte petite expédition , que si je n'avais jamais eu que ce moyen de plaire , il aurait fallu borner mon ambition à prendre des forteresses. Eh bien! vous le croirez si vous voulez, mais j'ai toujours élé amateur passionné de musique. — Ces demoiselles de la Comédie-Ilalienne le savent bien. Perche...

C'était Carlin qui panait. Il n'avait pas dit làgrand'chosc; mais il l'avait dit comme il le disait au Ihvutrc, où avec lui les mots les plus vides prenaient un air de pensée, cl où les auteurs les plus nuls valaient beaucoup en passant par sa bouche.

■ — Carlin , dit le maréchal , vous allez commettre quelque indiscrétion et brouiller le ménage ; quand vous aurez

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à parler de choses comme celles-là, prenez an moins voire masque. — Oh! monseigneur, interrompit fHme de Rousse, Carlin a su rendre son masque transparent , et ri Son Excellence n'a que ce moyen de cacher les perfidies qu'elle m'a fuites...

Carlin rougit du compliment, qui était juste, et M. de Richelieu mittoutlc monde à son aise en commençant ectie histoire.

— Vous allez voir, mesdames et messieurs, si j'entends quelque chose à l'ariette ; il faut que je vous donne un de mes souvenirs, souvenir tout-à-fait musical! Fleury, une de vos connaissances et des miennes y joue son rôle : Voltaire, devant Dieu soit son âme philosophique! faisait partie d'un morceau d'ensemhle charmant que j'imaginai. Ecoutez!

Nous étions jeunes tous deux, tous deux nous sortions de la Bastille. Vous savez ce que c'est que la Bastille , chère MmcdeWasser, et quand on en est quitte, comme on cherche à réparer le temps perdu, à reprendre ses douces habitudes de boudoir, ne fût-ce que pour faire contraste. — Comment, comment! je ne sais rien de tout cela , interrompit, légèrement scandalisée, la dame qu'on interpellait. — Soit ! vous ne le savez pas ; mais je l'ai su, moi,

et un jour, quelque temps après ma dernière retraite

mais il est nécessaire que mon récit soit précédé d'une toute petite préface.

Vous vous rappelez tous, ou du moins vous avez entendu parler de la fameuse conspiration de Cellamare , découverte par la Fillon ; ce damné Dubois, qui ne m'aimait guère, parce que j'avais fait avec lui certaine concurrence, prétendit que j'étais un peu du complot, sous le prétexte que je m'entendais avec Albéroni, lequel, en effet, m'avait écrit une lettre fort aimable pour me proposer tout uniment de faire ouvrir aux Espagnols la place de Bayonne, où le régiment du roi, qui portait mon nom , tenait garnison.

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