‹ Mémoires de Fleury de la Comédie française (volume 2)Chapitre 116 sur 279 · THEATRES D'AMATEURS · texte numérisé non relu

THEATRES D'AMATEURS

Fureur de jouer la comédie bourgeoise. — Sociétés dramatiques dans le grand monde. — Les proverbes de Carmontelle. — Trois illustres théâtres, nos rivaux. ■ — Mnit de Montesson. — L'abbé Poupart. — Théâtre de Mn,e de Montesson. — Liste de sa troupe. — Théâtre de Ww Guiuiarcl.

Pendant que la Comédie-Française se déballait sous les coups du sort et que MM. les auteurs lançaient tous les foudres de l'interdit sur l'établissement littéraire envers lequel , du moins, il se montraient ingrats, puisqu'il avait contribué à leur gloire , d'autres théâtres brillaient dans la société ; rivaux redoutables ou illustres , iis nous dérobaient la meilleure portion de notre public , notre public des places supérieures. Nous en étions réduits au parterre dans sa plus simple expression , et nos loges oflicielles étaient vides quand le beau monde affluait dans les loges de riches et puissans amateurs.

La fureur déjouer la comédie bourgeoise portait un tort réel su Théâtre-Français ; cette mode introduite dam Ions les ordres de l'état faisait presque de ce talent une partie essentielle de l'éducation des petits-maîtres et de nos agréables; il n'était pas de noble lille, pas de femme de cour ou de liante finance qui ne rencontrât dans la rue la Lisette ou la Célimène d'une troupe rivale, on entendait souvent les bommesles plus qualifiés s'aborder par leur nom de théâtre le plus habituel : Monsieur le duc éîait Crispin ; Monsieur le marquis, Dorante; tel grave magistrat, Damis; tel mousquetaire , Purgon ou Sganarellc : — Comment jouez-vous ce rôle-là? disait à notre célèbre comique un homme dont la plaee se trouvait marquée bien près des degrés du trône; l'acteur rendit compte du sens qu'il attachait au rôle et de l'esprit avec lequel il pensait qu'on devait le rendre : — Oh ! bien moi , je ne le comprends pas ainsi , et je le joue autrement. — Cela doit être, répondit Préville, Monseigneur l'entend en pctit-lils du grand Coudé.

Quand on ne pouvait pas avoir un théâtre en règle, on y suppléait par des spectacles plus faciles; Collé avait fait revivre la parade, et , pour satisfaire à ce besoin toujours croissant, Carmontelle inventa les proverbes, espèce d'enfant bâtard , qui entrant par surprise dans la nombreuse famille dramatique , y lit bientôt une plus grande fortune que les légitimes.

Ces canevas eurent d'autant plus de succès, et nous étaient d'autant plus préjudiciables qu'ils mettaient l'art à la portée de tout le monde. En le faisant descendre ainsi à de petites proportions, il fut permis à chacun , sans trop s'exposer au ridicule de montrer autant et aussi peu de disposition naturelle qu'il pouvait avoir. Le proverbe s'introduisait partout, reproduisant les pet;tes anecdotes, les historiettes plaisantes, l'aventure du jour, le joli scandale du moment; c'était le miroir fidèle que se repassaient tour à tour les coryphées d'une, société qui ne demandait qu'à se moquer d'elle-même. Carmontelle avait fuit la plus belle

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