CHAPITRE XIX
fièrement à cette figure fine, niais trop bien nourrie: «Vous voyez , disait à ce propos monseigneur, que l'air de la campagne est très bon pour ma bergère. »
L'un de ces messieurs , M. de Garni ou d'Onesan, se faisait remarquer clans un emploi très rare et peu cultive, dans celui où chez nous a depuis excellé Baptiste; si ce gentilhomme n'avait pas été si grand seigneur, la Comédie- Française aurait fait en lui une excellente acquisition. Dans le reste de la troupe , quelques-uns des acteurs étaient faibles, mais tous avaient une certaine habitude et cet usage du monde qui est déjà de l'adresse; enlin, la troupe de la rue d'Antin telle quelle , constituée en troupe de province, aurait pu charmer Tours ou Orléans, et y faire d'excellentes recettes.
Depuis dix ans ce théâtre existait . et rien ne pouvait lui être comparé sous le rapport de la magnificence et du goût, si ce n'est (bien que dans un autre genre) les deux petits théâtres de Mlle Guimard, l'un à sa délicieuse maison de Pantin , l'autre dans son superbe hôtel de la chaussée d'Antin.
Ce fut l'Eglise qui éleva le palais delà danseuse. Msr l'évêque d'Orléans avait fourni, des deniers de la feuille des bénéfices, cette somptueuse habitation où Guimard dédia à la muse de la comédie, le plus délicieux boudoir que l'imagination élégante d'un architecte puisse fournir ; là , dans les loges à tentures de taffetas rose relevées d'un galon d'argent, à la lueur de mille bougies exhalant les plus suaves parfums , et devant les élus de son choix , la célèbre artiste faisait infidélité à l'Opéra en faveur de la Comédie. Le chevalier de Boufllers,dont l'amitié pour moi ne s'est jamais démentie , m'introduisit chez Mllc Guimard, il faut dire que je m'adressai bien, le galant colonel (il venait d'être promu à ce grade ) étant alors le tenant de la maison , et chose inouic! se trouvant le maître en chef et sans partage de ce cœur si disputé. — Par l'inconstance qui