‹ Mémoires de Fleury de la Comédie française (volume 2)Chapitre 137 sur 279 · CHAPITRE XXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXII

qu'il vienl de cueillir. Il n'a pssfetmé l'œil tlb la nuit ; il avait oublie net lu répétition : il fait une légère excuse à ses camarades, lit son rôle d'une voix éteinte. .M110 Hus , placée auprès de lui, ne l'entend point, et le prie de recommencer la phrase. — Oh ! l'on n'eulend pas ! cela est fort plaisant : et faut-il aussi recommencer celte bel le phrase? Quoi ! cette sublime phrase. Quoi!.... Il boude, va se jeter dans un fauteuil au fond de la salle, il est près de s'y endormir , quand un personnage hien plus inlénssant que moi (j'ai dit cpie Cailhava parlait) vint captiver l'attention de mes juges: c'était nu chat.

Le nouvel acteur, paré d'une helle fourrure et d'une queue hien touffue , se montre sur un toit auprès d'une f-nétre ; soudain l'assemblée est en l'air , mon dormeur aussi ; cependant l'ouvrage continue ; il marche à peu près dans ce genre:

Map.ton, à Damis. — Mon cher monsieur j je vous parais cruelle : eh ! non, non ! je ne le suis point... (Elle regarde le citât et prend une voix Jlûtée.) Minet !... Minet !.... (.Vf remettant à son rôle.) Mais voici Merlin ; qu'il a l'air triste ! (Même voix que tout-à-f heure.) Pelit! petit !

L'auteur, à Merlin occupé du chat. — Monsieur, voici votre scène.

MERLIN, d'une voix naturelle. — J'y suis... (Avec une voir de fausset.) Minci'... (Revenant au rôle et sanglotant.) Ah ! tendres amans que vous êtes heureux !

Damis. — Nous, Merlu? [Regardant le chat.) Qu'il est joli!

Merlin. — Je viens vous annoncer la plus agréable des nouvelles. (Mieudant en chat amoureux.) Miaou ! miaouou-ou! (.1 Emilie.) Avons, mademoiselle.

EMILIE , miaulant en chat qui demande desj'ria'/idixes, — Miaou-î-miau-î-M. (A Merlin.) A loi.

L'auteur. — M lis vous ne donnez pas à monsieur sa ré« plique.

Emilie , dédaigneusement. — C'est juste ; on s'y conformera, (d Merlin.) Le moyen de te croire, si lu pleures toujours.

Merlin. — Réjouissez-vous, vous dis-je... et laissez-moi sangloter à mon aise. (Se tournant vers la fenêtre et reprenant le miaulement sentimental.) Miaou !... miaouou-ou!...

Le soiffleur , regardant le chat avec amitié. — Que ses maîtres vont le regretter !

Y) \u\s. faisant faire la roue àses manchettes. — Souffle donc!

Le solffleur, soufflant. — Ce ton lamentable s'accorde mal...

Emilie , dont ce n est pas le tour. — Et il est angora.

Damis, vers le souffleur. — Ce ton lamentable s'accorde mal... (Vers Emilie.) Je l'aimerais en manchon. (Vers le souffleur, qu'il écoute.) Avec les heureuses nouvelles que tu viens, dis-tu, nous annoncer. (A Merlin.) Allons donc, à toi; nous avons bien d'autres chats à fouetter avec la pièce de monsieur.

Merlin. — Oui, pour mon beau rôle!

EMILIE , déchirant quelques pages de son rôle , et les roulant pour en faire une espèce de pe lot te qu' 'elle jette au chat. — Et le mien qui n'a pas vingt pages ; c'est bien pis !....

(En ce /./ornent, le chat , qui faisait sa toilette au soleil

sans trop faire attention à la pi ère ni aux acteurs, est

atteint par la pelotte de papier roulé, il prend un

temps de galop et va disparaître : tout le //tonde se

porte vers la fenêtre.

Tout le monde. — Qu'il est leste!... Minet!... Minet!... Quel Crispin ça ferait! — Mais, non, c'est un Brizard?.... Miaou-ou ! — Petit! petit!... miaou ! î-î-ou-ou !

Minet, bien plus heureux que moi (c'est toujours Cailhava qui tient le <lé), s'échappe euliu! et moitié chat, moi-

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