CHAPITRE XXII
tiéjourrure, moitié queue, moitié rôle, on achève, non la répétition , mais la scène ; on se regarde , on se dit des épaules que ma pièce est détestable ; Damis est le plus acharné , je veux en appeler à lui-même , mais il tire sa montre, me la met sous le nez et nie dit :
— Vous conviendrez du moins , mon cher , que dans la scène que nous venons de répéter, il y a des longueurs.
C'est de cette historiette que M. !e marquis de Louvois disait qu'il l'avait entendue deux cent cinquante-deux fois en quinze jours. Et il y avait quinze ans que M. Cailhava la racontait; malheureusement il n'était pas le seul auteur qui eût une anecdote dans ce genre , et chacun d'eux rapportait la sienne , plus ou moins amusante , plus ou moins tragique; mais ce qui avait commencé piano, était allé rinforzando , et puis avait éclaté eu crescendo universel , comme la calomnie de Bazile , et pourtant , quoi que ces messieurs eussent pu écrire ou raconter, ils étaient en delà et en deçà de la vérité ; nous en savions bien davantage , nous autresdoubles, nous autres martyrs; s'ils nousavaient consultés, et si l'esprit de corps avait pu se démentir, nous leur aurions bien appris autre chose !
On a toujours dit de la Comédie plus de mal qu'il n'y en a , et il y en a plus qu'on n'en sait.
Du reste , celte nouvelle institution d'un second théâtre frappait moins sur nous, qui étions en troisième, que sur les chefs d'emploi , aussi se tuaient ils à dire : — Que les auteurs auraient beau faire, que ce n'était pas encore là nu second Théâtre-Français. — Avec les pièces de Marivaux, disait Mole, on entendra la musique de Grélry, el le talent d'étourdir les oreilles l'emportera sur celui de parler à l'esprit. — Tant qu'il en sera ainsi , disait Mlle Lnzi , Biaise l'emportera sur Dorante, et Colette sur Céliniène. — Il n'y a qu'un Théâlre-Français pur, et c'est le nôtre , répétait majestueusement La rive. Mais au milieu de ces tiers propos perçait l'inquiétude; car maintenant, Mesdames elMes-