CHAPITRE XXIV
zi , qui avait acquis de l'habitude , reconnaissait d'abord le scie de ranimai, puis, se mettant à braire de façon à attendrir le cœur le moins susceptible d'émotions sentimentales, il attendait une réponse prévue sous un ciel où bêles et gens éprouvent , avant tout, du penchant à l'amour.
Quand l'âne avait répondu, un second appel , plus passionne que l'autre, jetait la perturbation dans un cœur trop susceptible , et si le paysan n'était pas assez preste pour aller prendre l'Aliboron par le licou , celui-ci courait vers la voix menteuse. A ce moment, prompts comme l'éclair, les deux amis allégeaient les paniers du quadrupède, désappointé, et fuyaient en riant, emportant leur butin et le mangeant pour n'en laisser nulle trace.
Ce manège ne pouvait durer long-temps, et soit qu'on devinât ou qu'on fût en méliaucc, depuis quelques jours les paysans menaient leurs trop sensibles coursiers bride en main. Partant, plus de fromage. N'ayant pas d'argent pour en acheter, Carlin et Laurent étaient privés de la plus attrayante partie de leurs promenades : la musique sans la collation ne leur paraissant point un plaisir complet.
A l'angle du chemin où d'abord ils établirent leur quartier général, était une petite chapelle, dédiée à la Vierge, marquant les limites des deux pays. Cette niche sacrée était arrangée de façon à recevoir les dons des fidèles; pour que ces offrandes fussent à l'abri de tout danger on s'était arrangé, ainsi : une porte fermait bien hermétiquement le sanctuaire, et joignait de toutes parts à l'encadrure; cette porte était pleine par le bas jusqu'à hauteur de ceinture d'homme; puisa partir de là , elle était garnie de barreaux de 1er assez rapprochés pour que le bras n'y pût passer, et assez larges pour que les menues monnaies des fidèles allassent tomber, ou sur l'autel ou sur les marches de marbre du parvis.
Ce trésor de la mère de Dieu était depuis assez longtemps l'objet de la convoitise des deux mauvais sujets. Chaque paysan qui passait par là ne manquait jamais de venir
s'agenouiller, et, après un ave pieux , de jeter en offrande lin demi-bayoque on quelques quarlrains. Le pave était semé de ces menues monnaies; car l'abondante re'colte ne s'en faisait qu'une fois dans l'année, et pour donnera la "Vierge une autre garde-robe.
Un jour, Laurent et Carlin , après une longue course , se reposaient sur le banc de pierre en avant de la chapelle. La promenade avait aiguisé leur appétit : de là chez eux , il y avait encore trois quarts d'heure de marche. Naturellement ils pensaient aux fromages passés, de tristes réflexions vinrent les assaillir: maintenant que leur piège musical était éventé, il ne fallait plus songer à la bonne chère sans bourse délier.
Tous deux spontanément regardaient les bayoqnes du sanctuaire, tous deux les comptaient.
Carlin. — Combien y en a-t-il ?
Laurent. — Plus de cent.
Carlin. — Plus de cent! Cela fait-il beaucoup de fromages ?
Lalrf.nt. — Pour toutes les vacances.
Carlin. — Si on pouvait...
Il allongeait les doigts dans les intervalles des barreaux, mais la facilité de pénétrer s'arrêtait au poignet.
Laurent. — C'est le supplice de Tantale!
Carlin. — Oh! mon Dieu! ne parle pas d'un païen devant la Vierge!
Laurent. — C'est juste.
Il fit le signe de la croix, et ses lèvres mui murèrent une prière.
Carlin. — Mais est-ce que ce ne serait pas mal de s'emparer des bayoqnes?
Laurent. — Si on les prenait dans une mauvaise intention... mais...
Carlin. — Mais nous avons faim.
Laurekt. — Dieu donne la faim.
En disant cela , Laurent faisait passer un longbàlon vert