TOME I. !J
fut encore plus malencontreux dans cette grande occasion. Si l'ouverture de notre nouveau théâtre fut brillante par
l'afflucnce des spectateurs, le début des comédiens ne fut pas heureux. Ayant commencé par la petite pièce de M. lmbert, intitulée : V Inauguration du Théâtre-Français , le public n'y vit qu'une pauvre inauguration. Cette pièce, composée de scènes épisodkpics versifiées avec autant de facilité que de négligence, prouva au jeune poète qu'il ne suffit pas d'avoir seulement de l'esprit et de l'imagination pour réussir au theâlre : son beau prologue fut sifflé impitoyablement.
Quant à notre salle , elle parut belle, du moins à l'intérieur (la façade ayant été trouvée généralement trop massive) ; bien qu'on y découvrît des défauts et des inconvénieus , la forme en parut élég;mte et noble. Le théâtre, avancé sur une fraction de cercle, n'interrompt point la régularité de proportions assez vastes et assez imposantes. La scène d'ailleurs est fort large, peut-être sans avoir assez de profondeur. Relativement au dehors, les connaisseurs prétendaient que la salle manquait de dignité; il était si rare en France qu'on fît alors pour les arts quelque chose qui eût un véritable caractère de grandeur! Les calculs d'argent s'opposaient à tout. On prenait des architectes justement renommés, on exigeait un essor magnifique sur le papier, et à l'exécution on leur rognait les ailes.
— Que diable! mon cher Wailly, disait à cet homme habile un de nos barbares , ne pourriez-vous supprimer quelques paires de colonnes?
Cette parcimonie se déclarait surtout vers la fin des travaux, et portait sur les décorations et les peintures. A quelque temps de là , nous fîmes repeindre la salle en bleu pour faire disparaître la teinte trop blafarde et trop uniforme des fonds; avant cette opération nécessaire, et au premier aspect de l'intérieur, on avait l'air d'entrer dans un monument taillé dans une carrière de sucre blanc.
Sans m'arrêïcr ici à toutes les critiques de détail , qui