CHAPITRE XXV
du fond de la comédie des Courtisanes ; mais qu'indépeudamment de celte inconvenance contre les mœurs, ils y trouvaient des défauts d'un autre genre et plus essentiels; que sa pièce, en un mot, pourrait être jouée quand il y aurait mis :
1° une action.
2° de l'intérêt,
30 du goût.
4° une intrigue.
Furieux de l'audace de tels chiffres, Palissot en appela au public, et lit imprimer sa pièce sous le premier titre d'abord, c'est-à-dire les Courtisanes ; ensuite il chercha le titre voulu par la mode, le second titre obligé, et parce qu'on avait dit que sa pièce était indécente , il l'appela additionnellement, l'Ecole des mœurs.
Voyant d'ailleurs qu'il était en butte aux ressentimens des philosophes, dont les comédiens français n'étaient ici , disait-il, que les instruirions et les organes, il se tourna du côté du clergé, lui représenta que sa pièce était nonseulement très honnête , mais qu'elle était utile , nécessaire même pour la réforme des mœurs; en sorte qu'une cabale de dévots se mit en mouvement pour soutenir l'auteur et obtenir un ordre du roi qui fit jouer celle sainte comédie. L'archevêque de Paris surtout était tellement dans les intérêts du poète, qu'il récitait par cœur des bribes du pieux poème, prédisant d'avance l'effet qu'il attendait du talent des comédiens excommuniés du roi.
Se voyant appuyé par ce digne successeur des apôtres , Palissot, non content d'atl.-iqucr juridiquement le Théàliv- Frauçais, se permit de le berner en s'attaehant à en dénigrer la plus belle portion, et , dans une é pitre intitulée : Remerciaient des demoiselles 'du monde aux demoiselles de la Comédie- Française . à l'occasion des Courtisanes, comédie, il drapa sur ces dames, épargnant, bien entendu, celles qui lui avaient donné leurs voix.
300 MEMOir.ES DE FLEURY.
Après un tel éclat on était fonde à croire que jamais les Courtisanes ne seraient jouées à la Comédie-Française. Mais que u'oublic-t-on pas dans Paris, et même au théâtre après sept ans d'intervalle ! Le fait est que Louis XVI ayant plus d'une fois pesté contre le crédit et l'influence pernicieuse de ces dames sur les mœurs des jeunes gens de sa cour, Palissot, instruit par ses protecteurs des dispositions du Roi, parvint à lui faire présenter sa comédie, à laquelle il avait f.iit d'heureux cliangcmens et l'addition de quatre vers que je citerai , et qui ne pouvaient manquer il l'entraîner le suffrage du monarque. L'ordre péremptoire déjouer les Courtisanes (avec nouveaux changemeiis du second titre, qui celte fois devint : V Êcueil des Mœurs), fut donné , et les comédiens , faute de pouvoir faire mieux, se résignèrent de bonne grâce.
La pièce fut représentée enlin , et MIle Contât parut dans le voie de Rosalie avec un éclat qui la révéla tout entière. L'ouvrage se soutint principalement parle mérite du style; on y remarqua un grand nombre de vers heureux. Les allusions au roi étaient alors fort applaudies, le public s'empressait d'en faire l'application. Louis XVI aimait les mœurs, on le savait, et il y avait déjà un grand mouvement vers la réforme, aussi le parterre accueillit-il avec enthousiasme ces quatre vers :
Ces conpables excès ont doré trop long-temps, Et j'oserai în'atlcndre a. d'heureux changemens, Le Français suit toujours l'exemple de son maître, Tout m'invite à penser que les mœurs vont renaître.
La situation du second acte parut poussée un peu loin peut-être, mais cette situation dérivait du sujet; et grâce à la charmante ligure de MIIe Contât, grâce à l'habile décence de son jeu , il eût été diflieile de ne point être indulgent pour le tableau. Cette comédie marque même l'époque à compter de laquelle les rapides progrès et les brillans succès de cette jeune actrice n'auront plus de bornes dans sa