CHAPITRE XXVI
résolution ; mais voici la lettre qui circula dans le monde, et dont cette célèbre danseuse eut long-temps la délicatesse de ne vouloir pas donner de copii s. Celte lettre est eu nom collectif, et pour ne point manquer à la vérité, je me fais un devoir d'avertir que quelques expressions en ont été changées par les faiseurs d'arabesques galantes , qui se mêlaient de tout alors ; mais le fond de la pensée de reconnaissance s'y trouve, et la délibération de ces dames y est constatée.
« Monseigneur,
» Accoutumées, mes camarades et moi , à vous posséder » dans notre sein chaque jour du théâtre lyrique, nous « avons observé, avec le regret le plus amer, que vous » vous étiez sevré, non-seulement du plaisir du spectacle, « niais qu'aucune de nous n'avait été appelée à ces petits » soupers fréquens où nous avions tour à tour le bonheur » de vous plaire et de vous amuser. La renommée ne nous » a que trop instruites de la cause de voire solitude et de » votre juste douleur. Nous avons craint , jusqu'à présent , » de vous y troubler, faisant céder la sensibilité au respect; » nous n'oserions même encore rompre le silence sans le » motif pressant auquel ne peut résister notre délicatesse.
» Nous nous étions flattées, Monseigneur, que la banque- » route (car il faut bien se servir d'un terme dont les foyers, « les cercles , les gazettes , la France et l'Europe entière » retentissent) de M. le prince de Guéméué ne serait pas » aussi énorme qu'on l'annonçait; que les sages précau- « lions prises par le roi pour assurer aux réelanians les
à elle: une fois el'e se cassa la jambe, chacun étail inquiet, et une messe l'ut, dite à Notre-Dame pour cette jamhe, dont les entrechats damnaient tant de monde. Mais ce ne l'ut point elle qui la demanda : celle pieuse cl bizarre cérémonie .se lit aux frais d'amateurs zélés, qui sans doute ne donnèrent pas ses noms et qualités au prêtre.
roiME I. \>*
314 MÉMOIRES DE FLEIT.Y.
» gages de leurs créances, pour éviter les fr;iis et les dé- ■ prédations, plus funestes que la faillile même, ne frus- » trerajentpas l'attente générale; mais le désordre est monté » sans doute à un point si excessif, qu'il ne reste aucun » espoir. Nous en jugeons par les sacrifices généreux aux- » quels, à votre exemple, se résignent les principaux chefs » de votre maison.
» Nous nous croirions coupables d'ingratitude , Monsei- » gnenr, si nous ne vous imitions en secondant votre hu- » inanité, si nous ne vous reportions les pensions que nous » a prodiguées votre munificence. Appliquez ces revenus, » Monseigneur, au soulagement de tant de militaires souf- » frans , de tant de pauvres gens de lettres , de tant de » malheureux domestiques que M. le prince de Guéu.éti'i » entraîne dans l'abîme avec lui (1). Pour nous , nous " avons d'antres ressources : nous n'aurons rien | erdu , » Monseigneur, si vous nous conservez votre estime; nous » aurons même gagne, si, en refusant aujourd'hui vos » bienfaits , nous forçons nos détracteurs à convenir que » nous n'en étions pas tout-à-fait indignes.
» Nous sommes , avec un profond respect , etc.
» A la loge de Mlle Guimard , ce vendredi G décembre » 1 782. »
(I) Toute la vie de ce prince fut depuis une longue expiation. Atteint par la révolution , ce seigneur émigia et mourut en 180:1, exerçant une profession mécanique dans un village de la Suisse. Il s'y était résigné pour ne plus être à charge a ses parens qui avaient pave une grande partie de ses dettes.