‹ Mémoires de Fleury de la Comédie française (volume 2)Chapitre 194 sur 279 · CHAPITRE XXIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIX

mières aux secondes loges , brouhaha , tumulte , incitions plaisans, tout cela s'entendait à la fois, c'était une comédie qui ne valait pas celle de la Folle journée, mais qui y disposait à merveille ; enfin un orateur du parterre commanda le calme en se levant et lisant à pleine voix :

Je vis hier du fond d'une coulisse ,

L'extravagante nouveauté,

Qui, triomphant de la police, Profanait des Français le spectacle enchanté. Dans ce drame honteux chaque acteur e.st un vice, Dieu personnifié dans toute son horreur.

Bartholo nous peint l'avarice,

Almaviva le suborneur,

Sa tondre moitié l'adultère,

Le Double-main un plat voleur,

Marceline est une Mégère;

Basile un calomniateur; FanchetCe.... l'innocente est trop apprivoisée! Et tout brûlant d'amour, tel qu'un vrai chérubin, Le Page est, pour bien dire, un fieffé libertin, Protégé par Suzon, fille plus que rusée, Pienant aussi sa part du gentil favori, Grelnchon de la femme et mignou du mari. Quel bon ton! quelles mœurs cette intrigue rassemble! Pour l'esprit de l'ouvrage.... il est chez Brid'oison, Et quant à Figaro.... le drôle à son patron

Si scandaleusement ressemble;

Tl est si frappant qu'il fait peur.

Mais pour voir à la fin tous les vices ensemble Le parterre en chorus a demandé l'auteur,

Le parterre en chorus siffla les vers, et, tant Beaumarchais avait de partisans ! on se mit de la partie même aux premières loges, où quelques nobles et jolis minois essayèrent une moue approximative qui ressemblait à une sorte d'imitation du bruit improbateur, et qui, n'étant pas le sifflet , en était du moins la pantomime.

Loin de fuir ceux qui l'attaquaient ainsi sourdement et dans l'ombre , Beaumarchais se présentait toujours avec fierté au combat et la visière levée ; aussi en réponse à celte

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équipée épigrammaliquc , il écrivit la Lettre suivante aux rédacteurs du Journal de Paris.

« Messieurs,

• Tout en vous remerciant tic l'honnêteté que vous avez » mise dans l'examen du Mariage de Figaro, je dois repro- »cher une négligence impardonnable au journal institué «pour apprendre à tout Paris, chaque malin, ce qui la «veille est arrivé de piquant dans son enceinte. Si quelque «accident avait frappé le plus inconnu des bourgeois noin- » mes citoyens, vous l'indiqueriez à l'article événemens ; «et la foudre est tombée jeudi dernier dans la salle du spec- » tacle, en cinq cents carreaux ou carrés de papiers, lancés » du cintre, et contenant la plus écrasante épigramme con- » tre la pièce et son auteur, sans que vous daigniez en faire »la plus légère mention! Tout ce qui fait époque, mes- » sieurs, n'est-il pas de votre district? A quel temps de la • monarchie rapportera -t-ori un jour cette ingénieuse nou- «veauté. si les journalistes en gardent le silence? 11 faut «donc que je vous supplée , en rendant au public le ehef- » d'oeuvre destiné à sou instruction. Ce n'est point ici le cas «de nommer le valet complaisant qui l'a fait, le maître «enjoué qui l'a commandé, le colpor eur bonoré qui nous «l'a transmis : ils trouveront leurs noms et mes rcmercie- «mens dans la préface de mon ouvrage.

«H suffit de montrer comment celle épigramme en est «le foudroyant arrêt. «

fBcaumarcliais rapportait ici les vers précédais.

« On ne peut nier que celte épi gramme, la plus ingénieuse de toutes celles qu'on a prodiguées à ma pièce, lie «donne une analyse inliniment juste de l'ouvrage et de im i. «Il eût été seulement à désirer que l'auteur, moins pressé ■ de jouir des applaudissemens du public, en eut plus soi- «gné le français et la poésie. On ne dit guère, en effet, «qu'un acteur est un vice, parce qu'un acteur est un liom- »iue, et qu'un vice est une habitude criminelle.

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