‹ Mémoires de Fleury de la Comédie française (volume 2)Chapitre 195 sur 279 · CHAPITRE XXIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIX

»11 n'est pas exact non plus de nommer t'adultère un •vice. Si l'impudicité mérite ce nom , l'adultère, qui n'en »est qu'un simple acte, une modification, est seulement uu

• péché. Nous disons : Il a commis le péché d'adultère, et » non le vice d'adultère. On eût encore montre plus de goût »en censurant le ton de la comédie , si l'on eût fait grâce ^anx lecteurs français des mots un peu hasardes de goûter »dn page favori.

» Mais ce ne sont là que de faibles taches dans un ouvrage «aussi rempli d'esprit que de justesse ; et je ne fais ces re- » marques légères qu'en faveur des jeunes gens qui s'exer-

• cent beaucoup dans ce genre estimable.

• Au reste, si lépigraoïmc arrivant du cintre du spec- ■ lacle a été reçue à grands coups de sifflets , l'auteur n'en "doit pas conserver une moins bonne opinion de son ou- » vrage et de s'a personne. Les nouveautés , même les plus «piquantes , ont de la peine à prendre , et je ne doute pas

• qu'enfin on ne réussisse à faire adopter cette façon ingénieuse de s'emparer de l'opinion publique et de la diriger » sur 'es ouvrages dramatiques, Beaumarchais. »

Comme toujours les rieurs furent du coté de Beaumarchais, et, comme toujours aussi, les faiseurs d'épigrammes ne s'en tinrent pas là.

Nous étions possesseurs dopais peu de la statue de Voltaire , due au ciseau du fameux sculpteur Koudon. Celte statue était placée au milieu de notre vestibule : son sourire ironique et son regard malin semblaient chercher à démêler Fréron parmi les spectateurs qui entraient et sortaient. Ce Fut pour les méchansune véritable inspiration : limage du philosophé devint une espace de Marphorio ou de Pa quin , qui, semblable à la statue salyrique romaine, reçut pendant quclqneslsoirécs de petits pamphlets anonymes collés sur te piédestaf.

Le pliissanglanl de tous y fut placé lors de la représentation d ip.ôo assez généreusement par notre auteur, au

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bénéGce du borean des nourrices. Ce qnatr.vn, de main de maître , n'y figura qu'un instant, mais courût bientôt le monde en nombreuses copies :

De Beaumarchais admirez la souplesse!

En bien , en mal , son triomphe est complet :

A l'enfance il donne dn lait,

Et du poison à la jeunesse.

Les amis de Beaumarchais , et il en avait de nombreux , rompirent à ce sujet plusieurs lances en sa faveur : chaque soir, ies alexandrins , les vers de huit , les vers de six , les vers de tous les pieds , s'étalaient sur le marbre dont ces Messieurs faisaient leur souffre-douleur; mais ce fut à n'y plus tenir, quand certain abbé de Malecoste s'avisa de se proclamer ainsi l'avocat d'une cause gagne'e.

Je ne dis que la fin de cette pièce rare.

La patrie envers vous ne sera pas ingrate, Dans le palais des arts s'élève un piédestal Qui porte avec orgueil votre buste en métal. D'un lâche désespoir au bas l'envie éclate, Tandis que tous offrant an joujou de cristal Un jeune nourrisson vous chérit et vous flatie.

Beaumarchais ne fut aucunement flatté du joujou de cristal ; et comme en fuit d'épigi animes il aimait mieux faire la besogne lui-même, depuis cette belle poésie, il alla chaque soir vérifier les diatribes affichées contre lui , puis il les récitait , les commentait à sa manière , et la foule des curieux de grossir et de rire ! C'était comme la petite pièce après la grande. Je crois même que plus d'un trait mordant ne fut crayonné là que pour entendre parler de verve l'homme le plus spirituel de l'époque, qui, lorsque le ressort était lâché, allait toujours, toujours heureusement c-t comme quelqu'un qui se griserait avec des paroles. Luc fois, Champccnctz s'avisa de faire parler l'oracle, Beau-

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