‹ Mémoires de Fleury de la Comédie française (volume 2)Chapitre 225 sur 279 · CHAPITRE XXXIH · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXIH

tives pour les almanachs à la mode ; rédigeant des écrits plus substantiels pour le journal de Paris, étudiant les constitutions, rêveur politique, et ambitieux, comme un autre , sans qu'il y parût , Monsieur avait des maîtresses. Monsieur, alors cela était bien connu, avait un grand goût de galanterie ; mais cette galanterie était décente , sans scandale , sans éclat ; elle prenait chez lui cette nuance de formes qni le distingua ; sachant élayer tout ce qu'il faisait des convenances , la trompette , qui retentit si bruyamment alors des illustres conquêtes du jour, avait une sourdine quand elle annonçait celles de Monsieur : — C'est à bien petit bruit que Socratc se rend chez Aspasie , lui dit une fois le comte d'Artois , qui le prit sur le l'ait, ou à peu de chose près.

Il ne pouvait cependant pas se cacher tellement qu'on ne sût bien où il allait; l'œil des gens de cour est intéressé à connaître les faiblesses des princes, et ma marquise, qui avait ses vues , fut instruite d'une fréquentation assidue de Monsieur en noble maison. Comment donc! titre retentissant, hôtel splendide , superbes laquais, voiture somptueuse, train presque royal , représentations dramatiques, où. assistait la plus brillante partie de la cour : c'était un Versailles en miniature. Je devins le répétiteur de la dame du lieu , et la marquise de S*** ayant suffisamment préparé les voies et moi-même y ayant aidé... j'acquis un second remords.

La brillante dame, que je ne nommerai pas (en avançant dans ces souvenirs on verra que je serais un ingrat de la nommer), cette maîtresse de Monsieur enlin, était en même temps aimée à l'adoration d'un cavalier que ma marquise haïssait, mais ce qu'on appelle haïr d'une bonne haine de femme, et, elle pouvait avoir un peu raison : l'amant favorisé était tout justement celui de la soirée de Brunoy. Ce gentilhomme, qui voulut être mon professeur pour le rôle du comte de Guelphar, aurait semé du vent pour recueillir des tempêtes, si, d'après les idées de la

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