‹ Mémoires de Fleury de la Comédie française (volume 2)Chapitre 29 sur 279 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Qu'on juge de mon supplice , ne pouvoir la secourir! Mou rival , plus heureux, était aile' à elle, lui parlait, s'excusait , cherchait à la ranimer en lui frappant clans les mains.

Elle revint un peu.

— Eh hien ! comment êtes-vous ? dit le coupable. — Mieux, répondit la malade d'une voix affaiblie ; je....

En ce moment ses yeux se tournaient vers le canapé , comme pour me rassurer avant tout ; mais elle aperçut, à quelque distance, mon chapeau, qui était resté là, comme un témoin accusateur ; soudain une crise nerveuse la reprend, elle se relevait, elle retombe; M. de T réville n'y est plus ; Marguerite croit cette fois-ci que c'est pour tout de bon , s'effraie : je vais sortir de ma cachette et tout braver pour la sauver....

Marguerite. — Madame, répondez-moi ; répondez , ma bonne maîtresse !

Le Comte. — Oh ! combien je me reproche tout ceci.

Clermonde , tournant ses beaux yeux vers M. de la Touche , et élevant la voix avec effort comme pourrait le faire une mourante. — Non , non ; il ne faut.... Marguerite

Marguerite , avec empressement et bonne foi. — ■ Madame ?

Clermonde , rapprochant Marguerite vers elle , lui parlant presque à l'oreille d'une voix ordinaire et soutenant la finale. — Otez le chapeau !

Marguerite , riy étant plus, et s^oubliant. — Hein ?

Le Comte , à Marguerite. — O mon Dieu ! Que ditelle?

Cuermonde , à M. de la Touche, soulevant douloureusement la tête a gauche. — Mon flacon sur.... ma tablette. — {A Marguerite , tournant vivement la tête à

droite.) — Otez le chapeau ! ce chapeau..,., sous le

canapé.

Marguerite , comprenant, «— Ah \

Je compris aussi, et j'étais fâché contre elle, fâebé contre

moi-tnème. Me cacher! Ciermonde jouer ainsi la comédie! M. de la Touchc-Trévillc était d'ailleurs un homme d'honneur, un galant homme, un jeune homme même. S'il l'avait sii ! Il ne se serait pas laissé donner un ridicule, il l'a prouvé depuis; mais la situation était difficile, il fallait s'en tirer; la présence d'esprit de Ciermonde était à louer dans celte circonstance puisqu'elle ne compromettait personne : d ailleurs nous n'étions pas en position de choisir.

Pendant que le comte , repentant, cherchait le flacon , Marguerite avait subtilement fait passer le chapeau à son propriétaire ; puis , sous le prétexte que l'air était trop chaud dans la chambre , Ciermonde, transportée à bras jusqu'à son boudoir, cherchait sans doute à y occuper son amant pour me laisser seul.

Je me sauvai.

Les réflexions que j'avais faites sous le canapé changèrent de nature dans la rue. Là-haut, j'étais sous l'impression de cette feinte de Ciermonde, cet artifice me répugnait ; je fuyais un homme d'ailleurs. Quand je fus loin du lieu de la scène , mon amour revint , et avec lui ma jalousie ; certes, je dois l'avouer, Ciermonde ne m'avait encore donné sur elle aucun droit, mais je me croyais au moment de les obtenir. Je touchais au bonheur , et un homme arrive , et me l'ôte avec barbarie. J'étais là , près d'elle, comme un amant aime', je me promettais de si douces heures, et me voilà errant, dans la rue, en désordre, désappointé , jaloux, torture! J'ai assez d'expérience pour connaître les femmes maintenant. Ciermonde ne craindra-t-ellc pas quelques soupçons du comte ? lorsque celui-ci sera rassuré sur sa santé, mille circonstances ne lui viendront-elles pas en tète? Pour écarter ses soupçons, Ciermonde ne cherchera-t-el'e pas à ies étouffer sous ses caresses? une attaque de nerfs n'est pas une maladie, le comte est jeune, il a d'ailleurs à se faire pardonner l'imprévu de son arrivée; il y Qura uq rapprochement. Cler-

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