CHAPITRE IX
femme se'vère, \m homme en jupon pour la conduite (je ne parle que de la conduite des affaires). C'était un véritable monarque, mais il n'y avait point à s'en plaindre , elle tenait le sceptre d'une main ferme autant qu'habile : sous son règne le théâtre de Lyon pouvait rivaliser de magnificence et d'éclat avec les plus brillons de la capitale.
Aussi sa passion dominante était elle le commandement. Nous l'appelions notre /è;e Urgelle , aucune femme ne mettant mieux en pratique l'axiome connu : gouverner, avoir l'empire. L'anecdote suivante prouve quelle énergie elle déployait pour se maintenir au pouvoir. J'avertis seulement que je me mets en avance de quelques années.
On a beaucoup écrit pour et contre M. Turgot ; il fut homme de bien, je crois cela avec tout le inonde; il fut grand ministre , je l'ignore , c'est à de plus habiles que moi à décider la question, mais ce que je sais, c'est que pour élever un piédestal, il n'est rien comme la disgrâce (1). Ceci soit dit sans qu'on me l'impute à mal ; car de quelque côté que penche la balance, je ne me donnerai pas le ridicule d'y mettre mon grain de sable pour faire tomber plutôt un plateau que l'autre ; il n'en fut pas ainsi de Mme Lobreau.
Quelques particuliers de Lyon, jaloux de la prospérité de cette directrice, et voulant se mettre à sa place, ourdirent une intrigue avec le sieur L***, chef de bureau au contrôle général. Ou lui enleva d'autorité le privilège qu'elle tenait du duc de Villcroi , gouverneur de la province: c'était un abus criant, et eu tout point, une chose contraire au bon droit. Au coup qui la frappe, Mme Lobreau ne perd pas la WHc, persévérante, active, adroite et semant l'or, elle est bientôt au courant. Le mystère de celte manoeuvre lui est dévoilé; on lui donne le moyen d'avoir une expédi-
(I) Rien comme la disgrâce pendant la vie d'un ministre, rien comme la vertu et le génie après sa mort. Turgot est un de ces hommes à qui il est donné de concilier les suffrages des contemporains et de la postérité,