‹ Mémoires de Fleury de la Comédie françaiseChapitre 115 sur 232 · PISSE-EN-LIT DE CE MATIN · texte numérisé non relu

PISSE-EN-LIT DE CE MATIN

Un gros rire va éclater, I'abbé seul a rougi ; la jeune femme se lève avec dignité , son air impose ; l'imprudente saillie du mari n'a pas de suite , on passe au salon pour prendre leca'é.

Un mot est glissé par roffensée à l'oreille de I'abbé: Allez m'attendre dans nia chambre, j'ai à vous parler.

Comment I'abbé trouva le chemin de la chambre , ceci n'est pas mon affaire ; mais oï» l'y rejoignit.

Madame, entrée, ferme la porte au verrou; I'abbé regarde; il ne fait nulle observation la discrétion est une

des vertus de son ministère.

— Vous avez nileiidu mon mari , M, I'abbé? — Mais

je ne sais pas trop. — Vous l'avez entendu : (jue pensezvous que mérite un tel procédé? — Je n'ai guère l'habitude de ces sortes d';iifaires, et — Quelle vengeance,

enfin , croyez-vous qu'il faille en tirer? — Je suis ministre d'un Dieu de paix. (Le fripon!) — C'est vous pourtant dont je fais choix; il me faut un complice

L'abbé regardait en ce moment la chambre si retirée, les meubles d*unc couleur si teudrc ; il regardait les rideaux

tirés, tout ce mystérieux ensemble dont rarrangoment fait deviner que là habite une jolie femme ; il regardait les doux doigts de verronx dont la jeune vindicat ve s'était précautionnée: elle crut qu'il voulait fuir; aussitôt tirant un pistolet caché dans son mouchoir:

— Vous ne sortirez pas ! j'ai résolu de faire une infidélité à mon mari; vous m'y aiderez.... ou je vous brûle la cervelle. — Eh ! mon Dieu ! madame , il ne faut pas y mettre de violence..;, par état , moi, je suis résigné.

Pendant que cette singulière scène avait lieu dans la chambre à couchei', dans le salon on commençait à s'inquiéter de madame ; on avait pris le café , et le mari , un peu bourrelé , versait à la hâte la liqueur des lies , pressé de s'informer, quand la jeune femme parut, Hère, radieuse, le front haut. Elle se place en fnce de son mari , s'empare d'un verre, se fait verser : — Je veux porter aussi une santé, dit-elle, et avec l'accent d'un duelliste qui pousse une botte désespérée : Messieurs , tout le monde , faites-moi raison !

A LA SANTÉ DU COCU DE TOUT-A-l'hEURE !

L'abré s'était laissé aller à conter à ses co-chambristes celle aventure dont le curé de Saint-Roch lui fai><ait des reproches : — Que voulez-vous , répondit le Gascon , redoublant de pétulance et d'accent, est-ce que je pouvais mé conduire comme Joseph? J'ai été violé, moi! on mé présentait un pistolet; mais, après tout, c'est une aventure canonique.

Cette prestesse à la riposte lui était fort nécessaire. Presque tous nos ecclésiastiques, prêtres primitifs, curés émériles , vieilles moustaches de 1 église militante , ne se laissaient pas marcher sur le pied s'il s'agissait de certaines facilités dans la morale. L'abbé était un peu traité en apôtre qui se permet trop ouvertement les coups de canif dans le bréviaire; mais il secouait cela; jamais il n'avait la dernière, e! quelque point qu'il eût à débattre pour se donner l'avantage sur ses antagonistes, il les mettait en colère avec la plus rare habileté, ayant remarque , disait-il , que les

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