CHAPITRÉ XI
conduire le re'calcitrant dans un corps-de-gnrde voisin. La situation e'tait terrible ; le membre du comité , invoquant son souverain pouvoir, interroge, presse de Labussière; entouré de baïonnettes , les poches pleines de papiers mis en pelolte, le paquet cacheté nous concernant presque en vue, celui-ci ne perd point contenance, il refuse de se nommer; on Ini demande sa carie, il s'obstine à ne pas la montrer; Aillaumc se courrouce; quant à de Labussière, il prétend (juMl vient de bonne fortune , et qu'il n'y a pas de loi qui puisse lui faire dire ni d'oii il sort ni où il va. 11 fait du bruit , il espère attirer la foule : la porte est grande, les soldats sont endormis , il sent que ses jarrets de cerf peuvent seuls le tirer de ce mauvais pas, et en ce cas-là la foule fait buisson ; c'est un moyen extrême , mais la position est extrême aussi. Au bruit, plusieurs personnes approchent, on s'informe de l'arrestation de ce jeune homme, et le jeune homme a déjà mesuré son élan... quand un garçon de bureau du comité de salut public , ayant nom Pierre, attiré comme les autres par la curiosité, s'avance vers le prisonnier, et le prenant par le revers de son habit avec une grossièreté amicale :
— Eh ! c'est toi , citoyen! Ah ça ! c'est donc pour rire que tu te laisses arrêter? — Mais non , c'est fort sérieusement, mon cher Pierre. Le citoyen Aillaumc prétend que je suis un conspirateur. — Ah ! ah ! il y a de quoi rire ! Toi, un conspirateur !... Dis-done, faiseur d'embarras! ajoute Pierre en s'adrcssant à Aillanme, et s'il te faisait pincer, lui? — Comment !... me faire arrêter! Prends garde à toi! Tu es son comi'licc , tu es suspect. Qu'on s'empare de cet honunc-là? — Fichire! ne bouge pas! Regarde celle poitrine... Qu'est-ce que c'est que cette i)iaque?
Aillaume reconnaît la plaque du comité de salut public; il est tout confus ; il se découvre, tient son bonnet rouge à la main , et, se tournant vers de Labussière , il cherche à deviner s'il n'a pas aussi de ce côlc-là affaire à quelque
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hiute puissance ïncogîdto. En attendant, il offre des e^ctises au patriote Pierre.
— Ah ! ah ! conune ça vous change un homme la vue seule d'une médaille! mais , mon cadet, il lui faut tout d'mêmc des excuses à ce citoyen ; il a sa me'daillc aussi , lui. Tiens!
Et le malheureux Pierre fouillnit familièrement dans les poches de son protégé , d'oii il exhibait la carte d'employé'. Puis, trouvant le dossier et le frappant de la main :
— Tiens ! des papiers aussi , on en a! on en a... comme ■du civisme! Citoyen! dil-il à de Labussière, fais-lui un peu affront devant tout le monde.
Alors celui-ci , qui voit tout perdu s'il ne paie d'audace, lire promptemcnt nos papiers de sa poche , et tenant les cachets en dessus :
— Je suis fier, dit-il , de montrer qui je suis au citoyen Aillaume, en lui présentant ces marques de la confiance du comité. — Tenez , continne-t-il , en brisant les cachets et jetant un coup d'œil rapide sur les pièces ; de qui est celte signature?... de Chaumctte; et celle-ci?... des membres du conseil-général de la commune; et celle-ci?... de Collot- d Herbuis. — Puis à chaque fois qu'il disait : « et celleci? » il enfournait vite le papier dans sa poche, affectant de tourner rapidement au milieu du cercle qui s'élait formé autour de lui , comme pour montrer à tous les imposantes signatures , mais au fait pour éblouir et escamoter. Aillaume, humilié, n'y voyait que du feu ; il se confondit eu iI)rotestations , de Labussière vint lui-même charitablement à son secours.
— Du reste , braves patriotes , je suis loin d'en vouloir au citoyen Aillaume; si je ne me suis pas fait connaître d'abord , c'était une épreuve ; je suis bien aise de le féliciter ici , devant vous tous , sur son exaclilude à veiller à la sûreté générale. Adieu , républicain !... je vais rendre compte de ton zèle au comité de salut public. — Vous êtes trop bon, disait Pierre à de Labussière en s'en allant ; je lui au-