‹ Mémoires de Fleury de la Comédie françaiseChapitre 190 sur 232 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

pour la deuxième re'puialion. La troisième lui avait e'tc acquise par sc< eminentes qualités d'homme du monde. Voici la quatrième, et celle-ci me mit sur la voie du grand secret. Martelly avait é'e avocat, son talent l'appelait à une belle fortune et peul-être à une grande vogue lorsque le théâtre l'enleva au droit; mais l'estime qu'd inspirait était si grande que, malgré sa nouvelle profession, ses anciens Confrères, fort sujets dorrlinaire aux préjugés, les oublièrent pour lui , et lui (irenl parlicdlièroment honneur eu le maintenant au tableau dont il ne fut jamais rayé.

— Quoi! dis-je à de Mntechrist lorsqu'il eut fini, on lit en ménjc temps sur l'afliche du théOtre et sur le tableau le nom de Martelly? C'est une glorieuse chose dans une vie d'honnête homme et d'artiste! — Ce n'est pas tout-<à-Iait comme vous le dites: sur raincheil y a Martelly, au tableau est inscrit Richard. — R chard ! dit la femme occupée à orner d'une valencienne une taie d'oreiller, Richard!.... Richaud. — Richand! Iis-j(^ «>u sautant sur ma chaise. — Richard, répondit le mari tranciuillcment. — Richaud , répli(iua la femme avec conviction.

J'étais sur les épines.

— Oui, oui, Richaud! .s'écria après un temps de Matechri^^t eu ayant l'air de revenir de 1 autre uiOi.de; c'est que je pensais, er> même temps, que tu serais bien aise df voir Richard-Cœur-de-Lion , et.... — Richaud! Richaud! clésvous bien sûr de cela? Richaud! Ah! le maudit négociant avec sa rue de la Roussclle! Ah ! le traître!... Ce n'est pas une distraction au moins? Richaud, n'est-Cf i)as? — Mais oui, Ri haïul l'avocat. — Martelly le comédien. — C est tout un. — Est-ce que nous avons fait une sottise de dire ça ! ■ — Vous av< z fait une moitié de dénouement, mes chers aujis! Je vous fais l'autre.... Ailienî Adieu!

J'étais dans mou batelet, et uion marinier faisait force de rames pour remouler la rivière que j'entendais encore les deux voix conjugales me criiml Uc la petite tcrru.'ise ; ^ N'oubliez pas nos coupons!

Je savais où je trouverais Richand , Richnud-Martelly maintenant. Dans la semaine il aurait fallu attendre qu'il fût de loisir : ce jour-là était un dimanche et j'aviiis tout au plus trois heures à languir. J'allai prendre mon costume de demi-caractèie qui touchait à l'ajicien goût et effleurait le nouveau; puis je me rendis aux allées de Tourny.

Ou van!c beaucoup dans le pays ces allées un peu arides, sur la ligne desquelles se trouvait noire théâtre de marionnettes. Les Bordelais aiment à s'y rendre le dimanche, un peu i)our y voir les aulres et beaucoup pour s'y montrer. Là, l'aristocratie des plus élégantes dames occupe ralléc du milieu garnie de chaises; là , les agaçantes grisettes du pays, au teint de bistre, à l'œil iirovoquanl, à la cotte courte, au mouchoir effronté, se promènent dans les allées des bas côtés, où la plupart viennent défaire et renouer les passions de la semaine.

J'aimais assez ces sortes d'exhibitions; d'un seul coup l'on y apprend à connaîlre une ville. Le monde ainsi rasseniblé n'a jamais été pour moi la foule; j'y savais trouver plus d'une physiononue distincte et en (aire mon profil , soit pour mon amusement particulier, soit pour mon instruction.

En tout, Borde.uix suit de près Paris; j'étais sur le terrain de !a mode. Je reirouvai à Tourny la coquetterie de nos dames, arrangées en femmes bien convaincues qu'elles sont le premier spectacle de toutes les réunions. Les robes flutlanlcs à la grecque, la longue ceinture, les riches parures, les perruijues blondes, les bonnets à l'inquiétude, reproduisaient dans toute sa pureîé le goût parisien. Les hommes y mettaient plus d'exagération : la jeunesse, nommée jeunesse dorée, se trouvait là en majorité, enfoncée dans liinuiense cravate, portant gilet écourlé, culotte en élui, élroit é!ui! dont la coupe rigoureuse, en prenant l'cmpreiiite lidèle des formes, aurait pu eftaroucher la pudeur, si cette fidélité méine n'avait été souYcnt le remède des mauvaises pensées qu'elle donnait.

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