CHAPITRE XVII
face du mondo,; il n'n fnit d'Omnr qu'un conpc-jnrrcf de mélodrame; il a tr.ivesti l'iiisloire pour plaire à d'Alembert et consorls. " Ces idées sont singulières , mais autant que je m'y connais, elles ne manquent pas tout à fait de justesse. Par exemple, où Napoléon se montrait moins juste, c'était envers Mollière : il n'osait pas l'avouer, mais je (Tois qu'il ne l'ainiait guère, s'il ne le haïssait même : car n'en parler jamais , pour lui c'était presque de la haine. Le philosophe comique dépouille quelquefois le héros de sa toilettiî pour ne montrer que le he'ros à nu. Cela ne lui convenait pas toujours. Celui qui a dit : «Il faut laver sou linge sale en famille » , ne pouvait approuver un poète qui force tous les caractères à laver le linge sale devant tout le monde. Il a d.l de Corneille que, s'il eût existé de son temps, il en am-ait fait un prince. Je gage qu'il n'aurait pas fait de Molière un chambellan.
Pourtant cette parli.de opinion se modifia à mesure que. sa puissance se lit forte. L'impératrice avait , elle, un goût l)rononcé pour la comédie, et une fois elle obtint que Ton jouât le Misanthrope à la cour. On fit prévenir Contât, qui refusa ,dis;nit que son âge, surtout sa taille, l'empêchaient de jourr le rôle dune femme de vingt ans; mais tous ses refus furent inulileS; et elle reçut l'ordre impératif de se tenir prête à jouer Célimcue. 11 fallut se soumettre.
On n'applaudit point à la cour, et rien n'est plus glacial ni plus fiiliguaut pour l'acteur, qui se trouve dans le doute sur son succès, et qui, ensuite, n'a pas un moment de repos pour respirer; car là , pas d'entr'acte. Le misanthrope est un des rôles faligans du théâtre : le premier, le quatrième et le cinquiè/ne acte sont terribles; mais je m'en tirai à la satisfaction de l'illustre auditoire , car il y eut de ces mouvemens de plaisir que l'on cherche en vain à cacher, et qui , dans une. pareille réunion, font plus que les applaudissemens. Contât fut parfaite. La représentation liiiie , l'empereur dit : « Je n'avais pas d'idée de l'impreS' sion que peut faire une bonne comédie ; le Misanthrope m'a fait le plus grand plaisir. «
Après ce tëmoignage suprême, la comédie commença à partager les faveurs de la cour; maison ne jouait guère que les pièces de haut comique : les Femmes savantes , Tartufe , V Avare y le Méchant, la Métromanie , puis le Philosophe sans le savoir^ les Fausses confidences^ le Legs^ la Gageure y les Deux Pages, et quelquefois les pièces nouvelles qui avaient le bonheur de réussir.
La tragédie ( et peut-être aussi Talma) ne voyaient pas sans peine celte petite invasion du brodequin sur le cothurne, mais il fallul bien prendre son parti , < t aller bras dessus dessous à Fonfainobleau. Enfin, l'ordre nous fut donné de nous tenir prêts à jouer les Châteaux en Espagne. Je n'avais jamais essayé le rôle de Dorlange : il appartenait à MoIé, je n'étais chargé, dans la pièce, que du rôle de Tamoureux; depuis la mort de Mole, Baptiste jouait Dorlange, et je ne Tavais point appris. Mais ce nouvel amour de l'empereur pour la comédie m'aiguillonna : j'usai de mon droit. Baptiste pouvait bien se rattraper sur la tragédie; je le priai de me céder le rôle, et, en huit jours, j'appris huit cents vers.
A cette pièce, l'empereur eut des transports comme un enfant. Il se prit à aimer Colin-Harleville, et à ni'aimer moi aussi , par ricochet. En peu de jours l'ouvrage fut joué à Saint-Cloud, aux Tuileries, et partout. Napoléon vint nous surprendre, même au Théâtre-Français, jouant la pièce. Ces rêves de Dorlange, ces détails cliarujaiis, ces projets , cette croyance en sa fortune , celte audace à délier les évéïiemens et à aller au-devant deux, lui p'aisaient beaucoup. La manie de Dorlange était la sienne; car, après avoir entendu la pièe à Fontainebleau , il dit au général Bessière, à celte époque duc d'Islrie :
— Cet ouvrage me plaît beaucoup... j'ai été comme ça.
Je crois bien qu'à Dresde il était comme ça encore» La Comédie- Française devait donner d'autres représentations quand le comte de Narbonne arriva de Wilna. Ce fut après quelques conférences fort orageuses qu'on entendit Napoléon dire pour la première fois, ou peut-être répéter, à