CHAPITRE XVII
Sire; je le sais très bien ! — Est-il fier, ceRustanî... alors il faut conter le Petit Poucet à l'impératrice. — Je crains... — Allons, allons; mets-toi là, et conte.
Il le fit asseoir sur un tabouret. Rustan commença etde'fila sou Petit Poucet en maître; peu à peu l'empereur se mil aussi à (^'coûter avec plaisir. La narration marchait, mais qjiand on fut chez l'ogre ;
— Tu en passes, dit-il ; est-ce que lu ne te rappelles pas ce qu'il (lit : « Bonnes gens qui fauchez si vous ne dites au » roi (juc lo pré que vous fauchez, njjpartient au marquis » de Carabas, vous serez tous hîichés menus comme chair » à pâfé. » — Mais, Sire, c'est le chat botté (jui dit cela l)0ur favoriser le marquis de Carabas.— Comment? je n'en sortirai donc pas! — C'est que l'empereur a peut-être quel- (\ue penchant à la propriété, dit avec son fin sourire Joséphine; et comme le mar(juis de Carabas, fait à lui tout ce qu'il voit... — Ma chère amie, tu es guérie! s'écria Napoléon ; et que l'on vienne encore contester le pouvoir dos contes sur les maux de dents.
ADresfIe, ce n'était plus Joséphine qui était impératrice, et ce n'est pas avec Marie-Louise que Napoléon aurait essayé le pouvoir du Petit Poucet. Son bon leiiips lut celui de son premier mariage; ce fut la lune de miel de son pouvoir. A présent, il fallait être empereur, l'êlre toujours , mérnc avec sa femme. 11 ne lui fut permis d être homme que (juehjues instans avec ce iils , qu'il aperçut à peine, et qu'il aima tant. A Dresde, surtout, il fallait êtr^ empereur, et fonctionner devant les rois j)résens en maître du inonde. Il s'en acquittait à merveille. Comme il portait inipérialenieut l'épanlette, les premiers jours d'août! On avait sans doute réveillé en lui son instinct de héros. Pressé de recommencer la guerre, il lit célébrer sa fête le 10 août au lieu du 15. Rien de magiiili(|ue comme cette fête! Le malin cul lieu une revue telle qu'il est impossible d'eu passer à Paris. Toute la population de Dresde, toute celle des environs, étaient venues admirer ce siicclacle.
Jamais on ne vit sous le ciel rien dp plus guerrier; tout respirait la confiance , l'ardeur, l'enthousiasme. Les panaches flotlaient, les armes étaient e'tincelantes. C'e'tait du ravissement, de la gaîté; le bruit, la marche , les paroles encourageantes, les quolibets des soldats, la niusicjue, tout faisail bondir le cœur ! Et des évolutions, donc .'...Les cent mille soldais marchaient comme un seul homme... Quelle mise en scène, mon Dieu!
Le soir, il y eut feu d'arliOce sur l'Elbe, illumination dans les rues et bal à la cour. Tout était magique. Il existe beaucoup de militaires qui ont été témoins de ce brillant spectacle , et tous s'accordent à dire que rien n'était beau et imposant comme celte fêle du 10 août à Dresde.
L'empereur lit faire de grands complimens à sa comédie; le fait est que nous produisîmes aussi, nous , glorieusement le nom français en ce qui nous concernait : « Ma comédie s'est bien conduite» , disait-il en donn.int ses ordres pour la gratification et les récompenses, qui furent de 10,000 fr. , pour moi, pour Mars, pour ïalma, pour Georges et pour quelques autres. Sa Comédie! il venait enfin de la nommer avec hcrté; car, il faut le dire, pendant long-lemps il n'accueillit que sa tragédie, et je tiens à faire counaître comment il tourna un peu ses regards veis messieurs du comiijue. •
Napoléon n'aimait j)as la comédie, et, puisque je viens de faire son éloge sans partialité, je le blâmerai de même; je sais4)ien pourquoi il n'aimait pas la comédie : c'est qu'elle peint une nature vraie, et qu'à lui, il ne lui fallait que de l'enthousiasme. La tragédie lui plaisait, parce qu'elle peint une nature de convention , et Ihowime toujours sur le théâtre est en vue des spectateurs. 11 excluait seulement de cet amour du cothurne la tragédie de Voltaire. Pour lui. Voltaire n'avait fait que des pinMues philosophiques; il lui en voulait beaucoup d'avoir prostitué le grand caractère de Mahomet, «lia fait, disait-il , un bas scélérat, un profond intrigant de l'homme qui a changé la