CHAPITRE III
uioi , el nous pûmes conférer ensemble à voix libre, sans qu'on entendît un mot de nos accords pour une petite promenade hors ville le lendemain matin.
Mon contradicteur accepta le cartel comme un homme qui a grand soif accepte un verre d'eau. Jamais Dugazon ne bouda devant le fer : le lendemain, à l'aurore, et pour la troisième fois, nous croisâmes l'e'pée.
Notre combat fut sérieux; je ne me le rappelle pas sans cette espèce de vertige qu'on éprouve quand on vient d'éviter un précipice, et que l'œil peut encore en mesurer le bord : mon camarade faillit tomber sous mes coups.
Avec de courageuses dispositions , Dugazon apportait ce mouvement de verve et de nerfs qui le mettaient toujours au-delà du sang-froid, et, cette fois, il ne chnngea pas de nature. Il aimait à engager l'épée en tierce; je le savais, et constammcut j'évitais par des dégagés qu'il se mît dans cette position qu'il recherchait avec tant d'ardeur et de persévérance. Je vis b son visage que je le contrariais assez vivement; je le priai de se remettre, et lui offris , s'il y tenait beaucoup , de consentir à cet avantnge auquel il attachait tant de prix ; aussitôt il reprit sa tierce favorite : — Maintenant je vous attends, lui dis-je. A peine ai-je achevé qu'il m'attaque par un battement d'épée; il se disposait à courir sur moi , mais j'avais dérobé le fer, et il se serait infailliblement jeté dessus. J'eus peur ; je le prévins, mais lui, saisi de cette faconde audacieuse qu'il apportait en tout et toujours, me presse vivement ; ses coups se succèdent avec rapidité, l'un n'attend pas l'autre, el le tout sans effet; car il ne songeait pas à voir quelle parade j'employais : c'était un contre de quarte qui , constamment, rencontrait son épée dans toutes les lignes. Il se désorienta au point qu'il ne lui vint pas à l'idée de tromper cette parade , ce qui était un coup d'écolier. Je le vis fatigué ; un peu de repos lui était nécessaire : je le lui proposai; il accepta. Je piquai mon épée en terre , m'avançai vers lui , cl lui dis
avec beaucoup de snng-froitl que j'espérais qu'y cette seconde reprise il y aurait un résultat quelconque.
— L'Ecole des Rois te portera malheur, ajoutai-je. — Voyons si cette école ne sera pascellc des semainiers, répondit-il en m'intimant de remettre l'épée à la niaiu.
Je fus obéissant; et le voilà avec son éternelle tierce. Ma foi ! je m'impatientai : j'aurais pu encore prolonger le combat; mais enfin, pour mettre un terme à ces attaques simulées , à ces feintes auxquelles je ne ré|)ondais jamais, je l'attaquai moi-même par un menacé et dégagédessous... Jepniis! Heureusement le coup qui devait lui percer la poitrine porta dans son avant-bras. Mon épée s'était engagée dans la sienne. Je fus moi-même léijèrpment blessé à la naissance du poignet par suite de ce conflit.
Nous cessAmes. Le croirait-on? Dugazon trouva encore le secret de plaisanter; et, prenant son attitude comique, il s'écria avec ce vers d'un de ses meilleurs rôles :
Toutes tierces, dit-on , sont bonnes ou mauvaises.
Ce jour-là même la Comédie-Française fut mandée chez M.Bîtilly. Il faut l'avouer, nous étiou'? fort humiliés d'aller à l'Hôtel-de-Ville : nous, comédiens ordinaires du roi, mandés à la barre des échevins ! cola nouspassait ; et quand ce magistrat, nous parlant de l'inexécution de ses ordres relalivemen; à Talma , nous dit combien il en était étonné, je crois que tous nous fûmes tentés de lui répondre, comme ce doge de Venise à Louis XIV: «Ce qui nous étonne, nous, c'est de notis voir ici. » Nous ne pouvions nous accoutumer à mettre et) présence le théâtre et l'astronomie, le théâtre et réchevjnage.
Nous avions tort b'galemeut parlant pour l'échevinage, cttortlitlérairement parlant pour rastronomie. La scirucc deM.Bailly était aimable; et, bien peu de jours après, nous sûmes du marquis de Ximénès qu'avant de courtiser
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la docte Uraiiie, le savant avait fait quelque jejoiir chez ses plus jeunes sœurs.
Voici le fait.
Les Panard , les Piron , les Collé , ces derniers nës de la gaîté française, avaient bercé l'enfance du jeune Cailly ; son père, peintre du second ordre, à cette épotiue où le second ordre passait pour le prenner, étaitTami et souvent devenait l'hôle de ces joyeux faiseurs de refrains. L'astronome futur balbutia le viudeville.
Le père Bailly lui-même quittait souvent la palette pour la marotte, et les petits théâtres retentirent plus d'une fois du bruit de ses succès. Son occupation favorite était surtout de parodier des tragédies ; aussi sa colère fut grande quand il surprit son lils s'exeiçant à traiter le superbe alexandrin, et, dans la maison de Momus, s'avisaut de brûler sou grain d'encens à la muse tragi(iue.
Il voulut l'en punir en lui prescrivant une parodie, sorte de gai pensum à sa manière. L'enfant racheta sa faute par un burlesque grand opéra dont, vers 1778, l'idée profita à Anseaume pour ses Adieux de Thalie,
Voici ce curieux opuscule, avec le léger changement d'Anseaume :
Les comédiens sont assemblés; on délibère sur le compliment qui doit être adressé aux spectateurs. Arrive un musicien : il prétend (pie mieux vaut divertir le public (jue le com[)limt'nter : il propose de faire entendre un opéra dont il entonne aussitôt, en beau récitatif , le sujet qu'il annonci' cire tout neuf.
VERSIQN DK BAILLY.
Dans Ivelot, d'une aimable princesse Un jeune prince est anjonienx.
L'infortnuu périt au bout de l'acte deux;
Mais la Xaveur d'un Uku le rend à sa uiaîlicssc.
VERSION d'aNSEAUME.
Un jeune prince américain
Est amoureux d'une jeune princesse.
Cet amant, qui périt au milieu de la pièce, Par le secours d'un Dieu ressuscite à la fin.