CHAPITRE m
arrêté à runanimité qu'elle n'anrait plus aucun rapport avec lui , jusqu'à ce que l'autorité eu eût décidé.
A la façon dont j'ai laissé présumer que la salle était composée, ou peut imaginer commentée public-là reçut mon explication. Quelques rares amis m'applaudirent; mais la multitude cria haro sur moi , haro sur la Comédie opposante , avec un bruit et des éclats qu'il me serait impossible de rendre. Les voix arrivaient à mon oreille, confuses, mais terribles; tous ces mois entremêlés n'avaient qu'une menace. Je restai cependant pour écouter et rél)ondre , lorsque Dugazou , qui trépignait de me voir là , s'élance du m;:nteau d'Arlequin devant les rampes. Le tumulte est suspendu : — Paix-là ' chut ! Eh bien ! eh bien ! nous rendez vous Talma? — Non , messieurs, non ! s'écrie Dngazon; mais j<* viens déclarer que la Comédie va prendre contre moi la même délibération. — Puis , se montrant à mesure qu'il parle: — J'accuse toute la Comédie! il est faux que RI. Talma ait trahi sa société et compromis la sûreté |)ublique. Son crime est de vous avoir dit qu'on pouvait jouer Charle IX, et voilà tout !
Ce coup de tête l'ut loin d'apaiser le désordre : à peine Dngazon a-t-il jeté son imprudent déni, qu'on se met à parler dans toutes les parties de la salle; ou se penche des secondes sur les premières pour se donner des explications; un individu du coin de la reine dialogue avec un antre du coin du roi. Les mots se croisent, les menaces m'arrivenl ; feu de peloton, feu de file ! les femmes s'épouvantent, elles crient; on les rassure avec des acceus à faire rentrer une meute ; chacun veut dire ses raisons ; ou ne s'entend plus : quel sabjjat ! Un monsieur bien misse place sur une banquette; c'est Siilleau , rédacteur d'un journal récent; il prend un air magistral , il parle, et, de sa voix de clairon il commande au silence de se faire; il contrefait les gestes, l'attitude et la mine grave des |)résidens de l'Assemblée nationale, donnant la parole à l'un, l'ôtant à l'autre, criant à tous : — a l'ordre ! a l'ordre ! Je ne sais en vé-
rite où il trouva la sonnette qu'il agitait! elle aurait pu servir à appeler les citoyens au feu , et c'était le cas.
Ne'anmoins je demeurai : je ne bougeai pas de la planche oii j'avais arrôtd le troisième salut, cherchant à démêler cet échevrau de paroles confuses; enfin je puis entendre que l'on me demande lecture de In délibération de la Comédie-Française. Je dis un mot à Delaporte ; il était au trou du souffleur : en un clin d'œil j'ai notre délibération motivée. J'en donne connaissance; mais je ne vais pas jusqu'au bout: les éclats recommencent comme de plus belle, et cette fois les voix ne restent plus en place, elles parcourent la salle. On comprend que la parole hostile , qui a été entendue en face , vient vous menacer de côté; on voit les loges se dégarnir, et se grossir l'orchestre; on voit le parterre se pousser vers la barrière et le vide se faire au pourtour. Je prévois une irruption; je crie i\ tue-tête : — Cherehez Dugazon ! Commençons \ Ecole des maris ! Dugazon ne se trouve pas; il a disparu. La salle est sens dessus dessous; toutes les femmes ont fui. Je distingue au milieu du parterre un point noir d'hommes amoncelés dont la tête disparaît par un i)longeon subit : qu'est-ce donc que cela ? Ce point noir s'ébranle, ondule, se creuse, se renfle, se creuse encore , se relève ; un craquement de meubles brisés se fait entendre ! ! ! J'ai devmé : on casse les bancs ; je ne fais qu'un saut des rampes dans les coulisses, un saut que j'ai peine à concevoir encore : le saut de la barque de
Guillaume Tell. Un éclat de banquelte siffle dans l'air
Ceci me fit modifier mon opuiion siu* le parterre assis, de ce moment là je trouvai que ce n'était pas toujours une bonne chose.
Cependant le Ihéiître est escaladé; mais la force armée arrive assez à temps pour dénouer cette Iragi-comédie et dotuier fin au quatrième intermède de Charles IX.
Je ne dois pas omettre une circonstance, qui prouve à quel excès fut |)orté le tumulte. Dugazon, après celte harangue imprévue resta assez long-temps en scène à côté de