TOME II
Quanti nous abordâmes le maire de Paris nous n'étions pas instruit de cette particularité dramatique; nous ne savions pas non plus que Lanoue , auleur de Mahomet II , de la Coquette corrigée, comédien estimable, et notre prédécesseur sociétaire, avait été comme le parrain de Bailly, et l'avait pour ainsi dire jeté dans la science qu'il «ïltiva en le guérissant de la tr.igédie. Nous nous attendions à trouver une mine rébarbative et un ton à l'avenant ; bien loin de là, et après le premier mot que ce m;igistrat donna au décorum, tout le reste fut plein d'urbanité. Je me rappelle encore sa figure longue, carrée et maigrie par le travail, qui, lorsqu'il baissait les paupières (mouvement qui me parut lui être habituel), n'avait d'autre expression qu'une expression élevée et grave ; la pensée avait largement labouré son visage, et à partir de ses yeux et de ses tempes, ses mu<;cles me semblèrent retomber, pour ainsi dire, en tenture majestueuse: c'était une véritable tête antique, une tête de modérateur. Jamais celte physionomie si d'à-plomb ne s'est représentée à moi depuis que, par je ne sais quelle opération de mon entendemeiit, je n'aie vu le noble visage, placé comme ces figures dessinées à grands traits à la proue des vaisseaux , qui au moment où la tempête bat le flanc du navire, font toujours roule, calmes et immobiles, promenant au-dessus l\\\ bruit et de l'écume, leur silencieuse et imperturbable impassibilité.
L'œil de Bailly rachetait la sévérité de son maintien : sur son regard nous lui doimâmes quittance de son visage, et cependant nous ne fûmes pas amis jusqu'à la iiu.
Les paroles de ce magi>trat furent d'abord toutes paternelles; mais quand nous lui pnrlAmcs de notre embarras au sujet des gentilshommes , il sembla piqué ; ce ne fut qu'un éclair. Il chercha à nous faire comprendre que nous en avions fini avec la dynastie des Duras et des Richelieu ; qu'à lui seul maintenant appnrlenait la discipline duThéûtre-Frauçais, et qu'il fallait définitivement rapporter noire a-rrêlé sur Talma,